

Pour accompagner la sortie de son livre Lumière aux Éditions Allary, Matthieu Ricard vous propose une série de blogs autour de la photographie. Une invitation à partager l’émerveillement, à célébrer la beauté du monde et à poursuivre cette quête de lumière qui traverse son parcours depuis soixante ans.
La beauté de la nature est une source d’émerveillement qui n’engendre aucun sentiment de saturation, à la différence de nombre de plaisirs et de sensations ordinaires qui s’émoussent et s’affadissent à mesure qu’on en jouit. La félicité d’être dans un milieu naturel, perdure et croit à mesure qu’on l’éprouve et suscite un sentiment de plénitude qui, avec le temps, peut devenir un trait durable de notre tempérament.
Pour autant, sommes-nous émerveillés par la nature au point d’agir avec détermination pour changer nos modes de vie de façon drastique ? L’espèce humaine aura, en effet, marqué l’histoire de la planète par le fabuleux développement de son intelligence, de sa pensée philosophique, de son art et de ses sciences, mais aussi par son rôle de super-prédateur. 99,9 % de l’histoire de la vie sur Terre s’est déroulée sans nous, mais aucune autre espèce n’a si vite et si radicalement transformé la biosphère.
Comme l’a souligné une étude parue dans la revue Science, au cours du siècle dernier, l’homme est devenu le prédateur dominant dans de nombreux systèmes biologiques, un prédateur anormal et déséquilibré. Les espèces que nous affectons directement ou indirectement sont en déclin considérable. À l’état sauvage, les prédateurs parviennent généralement à un équilibre avec leurs populations de proies, de sorte que les deux persistent. Ce n’est malheureusement pas le cas avec l’espèce humaine qui a un impact écologique beaucoup plus important que celui des autres prédateurs connus dans la nature. Le nombre d’Homo sapiens ayant vécu sur Terre est estimé à environ 115 milliards (il y a encore 10 000 ans, nous n’étions que quelques millions sur la planète), et que c’est là le nombre d’animaux que nous tuons tous les deux mois pour nos prétendus besoins.
Pourtant, l’inclination pour tout ce qui vit et l’appréciation des lieux naturels est une tendance naturelle chez l’être humain, qui a été nommée « biophilie » ou « amour de la vie », un concept défini par le biologiste Edward O. Wilson comme étant « le penchant instinctif des humains à aimer et protéger la nature. » La plupart d’entre nous la ressentent spontanément, souvent sans même en être conscients. Il y a donc une contradiction flagrante et dysfonctionnelle entre notre attrait pour la nature et les effets destructeurs, souvent irréversibles de nos comportements sur la biosphère.
Les scientifiques s’accordent à dire qu’il n’est pas trop tard pour agir, à la seule condition que nous agissions dès maintenant et avec la plus grande détermination. D’après le spécialiste de l’environnement Johann Rockström, il nous reste moins de dix ans pour éviter le pire, en modifiant profondément nos manières de vivre. Aujourd’hui, dès le mois d’août, nous avons épuisé notre quota annuel de ressources renouvelables que nous fournit la planète. Il est donc plus que jamais essentiel de nous interroger sur nos choix de vie et de civilisation dans son ensemble et de donner la priorité au respect de la biodiversité et des habitats naturels, d’apprendre à vivre mieux en consommant moins et d’avoir davantage de considération que nous n’en avons aujourd’hui pour le sort des générations futures et pour celui des autres espèces. Écoutons le cosmonaute Thomas Pesquet, qui a si bellement photographié notre planète bleue : « Nous habitons un îlot de vie et de beauté unique, mais fragile, menacé, perdu dans l’immensité hostile du cosmos […] Aujourd’hui, plus que jamais, l’avenir de la Terre, notre avenir, est entre nos mains. »
Retrouvez l’ensemble de cette démarche photographique dans Lumière, publié aux Éditions Allary.

Matthieu Ricard reverse l’intégralité de ses revenus – droits d’auteur de tous ses livres, photographies et conférences – aux projets de développement menés par l’association Karuna-Shechen qui oeuvre à faire reculer la pauvreté et révéler le plein potentiel des femmes, hommes et enfants les plus vulnérables. Ainsi, chaque lecteur devient, à travers son achat, un acteur direct de la solidarité.
