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La photographie est-elle un art ?

Région de Isafjörður, nord-ouest de l’Islande, 20 septembre 2023

Pour accompagner la sortie de son livre Lumière aux Éditions Allary, Matthieu Ricard vous propose une série de blogs autour de la photographie. Une invitation à partager l’émerveillement, à célébrer la beauté du monde et à poursuivre cette quête de lumière qui traverse son parcours depuis soixante ans.

« La photographie est un art ; c’est mieux qu’un art, c’est le phénomène solaire où l’artiste collabore avec le soleil. » — Alphonse de Lamartine

« Quelques mots sur la question de savoir si la photographie est un art ou non : Je n’ai jamais compris la question. » — Ernst Haas

Ayant vécu l’époque de l’invention de la photographie, le grand peintre Jean-Auguste-Dominique Ingres (1780-1867) signa en 1862 une « Protestation des grands artistes contre toute assimilation de la photographie à l’art », ce qui ne l’empêcha pas d’écrire un peu plus tard : « La photographie, c’est mieux qu’un dessin, mais il ne faut pas le dire, » ajoutant par ailleurs : « Il n’y a pas deux arts, il n’y en a qu’un : c’est celui qui a pour fondement le beau, éternel et naturel. Ceux qui cherchent ailleurs se trompent, et de la manière la plus fatale. » 

Ces deux formes d’art ne sont-elles pas simplement complémentaires ? Comme le soulignait Man Ray, « Je photographie ce que je ne désire pas peindre, et je peins ce que je ne peux pas photographier ». Au sein du mouvement dada et surréaliste, Man Ray devint fameux pour son travail photographique, mais il se considérait avant tout comme un peintre, une affirmation qu’Henri Cartier-Bresson aimait reprendre, plus ou moins malicieusement, à son égard. 

L’art a été défini tantôt comme la création d’œuvres visuelles ou sonores admirées pour leur beauté, leur singularité ou leur capacité à susciter des émotions ; tantôt comme une expérience individuelle et unique, un vecteur de dépassement de la réalité ordinaire et un moyen d’engendrer des expériences esthétiques susceptibles d’enrichir nos existences ; tantôt comme un instrument de revendication sociale et politique visant à transformer la société, voire comme un cri d’alarme.

Même s’il affirmait ne pas comprendre la question, Ernst Haas écrivit néanmoins sur ce sujet : « Vous devenez des choses, vous devenez une atmosphère, et si vous la devenez, ce qui signifie que vous l’incorporez en vous, vous pouvez aussi la restituer. Vous pouvez transposer ce sentiment dans un tableau. Un peintre peut le faire. Un musicien peut le faire et je pense qu’un photographe peut aussi le faire. C’est ce que j’appellerais rêver les yeux ouverts. » 

Face à l’immense diversité des définitions de l’art et, en fin de compte, au peu d’importance que ces catégorisations peuvent avoir, l’essentiel est que les images des photographes de talent aient le pouvoir d’inspirer, de toucher, de motiver et de combler ceux qui les contemplent.

« La photographie est une transformation, pas une reproduction » disait encore Ernst Haas. En effet, comme le remarquait Henry Holmes Smith, photographe et professeur d’Art écrivit : « La question : “Qu’est-ce qui était vraiment là ? ” devient aussi peu pertinente que celle de savoir à quoi ressemblait vraiment l’étang aux nénuphars de Monet pour Mme Monet lorsqu’elle passait à bicyclette…  »  Finalement, le résultat est le critère ultime d’une création photographique et comme le soulignait encore Ansel Adams, « Il n’y a pas de règles pour faire de bonnes photographies, il n’y a que de bonnes photographies. »

Retrouvez l’ensemble de cette démarche photographique dans Lumière, publié aux Éditions Allary.


Matthieu Ricard reverse l’intégralité de ses revenus – droits d’auteur de tous ses livres, photographies et conférences – aux projets de développement menés par l’association Karuna-Shechen qui oeuvre à faire reculer la pauvreté et révéler le plein potentiel des femmes, hommes et enfants les plus vulnérables. Ainsi, chaque lecteur devient, à travers son achat, un acteur direct de la solidarité.