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Cultiver l’altruisme chez l’enfant

Extraits de l’ouvrage de Matthieu Ricard – Plaidoyer pour l’altruisme (NiL éditions, 2013)

Quand les normes sociales tempèrent l’altruisme spontané

Selon Warneken et Tomasello, pour que l’altruisme puisse se maintenir au fil des générations, il doit être associé à des mécanismes qui protègent les individus contre l’exploitation des uns par les autres. Le psychologue Dale Hay cite Machiavel : « Un prince doit apprendre à ne pas être bon. »

Sans aller jusque-là, nous avons vu que si le jeune enfant fait d’abord preuve d’altruisme à l’égard de tous ceux qui se présentent, à partir de cinq ans, il commence à faire des discriminations, en fonction des degrés de parenté, de la réciprocité dans les comportements et des normes culturelles qu’on lui inculque. Son altruisme devient ainsi plus sélectif. Ces découvertes prennent complètement le contre-pied des idées de Freud, pour qui « l’enfant est absolument égoïste, il ressent intensément ses besoins et aspire à leur satisfaction sans aucun égard pour autrui, en particulier face à ses rivaux, les autres enfants ». 

Toujours selon Freud, ce ne serait que lorsque l’enfant, vers l’âge de cinq ou six ans, intériorise les normes, les contraintes et les interdits parentaux et sociaux imposés à son égoïsme naturel qu’il serait conduit à se comporter de manière acceptable dans la société. Or les recherches scientifiques décrites ci-dessus démontrent exactement le contraire : d’une part, l’enfant est naturellement altruiste dès son plus jeune âge, de l’autre, il n’apprend à modérer son altruisme inné qu’après avoir intériorisé les normes sociales. Une éducation éclairée devrait donc consister à préserver ces inclinations naturelles à coopérer tout en se protégeant, sans pour autant inculquer à l’enfant des valeurs égoïstes, individualistes et narcissiques.

Quatre attitudes essentielles

Jacques Lecomte identifie quatre attitudes parentales qui, au vu de l’ensemble des études effectuées dans ce domaine, sont les plus susceptibles de favoriser l’altruisme chez l’enfant :

— lui exprimer de l’affection ; 

— agir soi-même de manière altruiste et lui servir ainsi de modèle ; 

— le sensibiliser à l’impact de ses actions sur autrui ; 

— lui fournir l’occasion d’être utile aux autres. 

L’exemple vivant donné par les parents à chaque instant de la vie quotidienne, en particulier, est plus efficace que toutes les leçons de morale. Plusieurs études confirment par ailleurs que les parents qui s’engagent dans des activités bénévoles ont plus de probabilités de voir leurs enfants agir de même quand ils en auront l’âge. La générosité semble, elle aussi, se transmettre d’une génération à l’autre, tout comme la prédisposition à aider son prochain. À l’inverse, les parents qui incarnent un modèle égoïste influenceront leurs enfants dans ce sens. 

Photo : Jharkhand, projets de Karuna-Shechen, mars 2020


Dès la naissance, l’enfant est naturellement altruiste et coopératif, mais tout se joue entre 0 et 5 ans. Pour préserver ce précieux potentiel, l’association Karuna-Shechen concrétise sur le terrain la vision de son fondateur, Matthieu Ricard. En Inde et au Népal, elle accompagne les enseignants et les parents pour que chaque enfant puisse grandir et s’épanouir avec confiance. Découvrez notre campagne.


Soutenir Karuna-Shechen, c’est donner aux enfants l’environnement qu’ils méritent pendant la période où tout se construit.