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Bonheur National Brut et Produit National Brut — 2

Suite des extraits d’une déclaration du Premier ministre du Bhoutan, SE Jigmi Thinley en préparation aux débat du 2 Avril au Nations Unis, auquel j’aurai l’oppornité de participer.

En vérité, de nombreux éléments qui font augmenter le PIB, et qui sont donc comptabilisés de façon conventionnelle (et erronée) comme les signes positifs d’une économie en expansion, signifient en réalité un déclin de notre bien être. Plus nous aurons de criminalité, de pollution, de guerres et de maladie, par exemple, et plus le PIB augmentera, simplement parce que nous dépenserons de l’argent dans les prisons, la police, les armes, les médicaments, contre le tabagisme, et dans toute autre action visant à résorber les conséquences de ces fléaux ou pour nettoyer les effets de la pollution. Tant que vous dépenserez de l’argent, le PIB augmentera, sans tenir aucun compte de ce que ces dépenses impliquent en terme d’amélioration ou de déclin de notre bien être. Ainsi la simple croissance du PIB n’est pas capable en réalité de nous dire si nous sommes plus riches ou pas.

Et si le PIB comptabilise en tant que gain beaucoup de choses contestables qui signifient en fait un déclin de notre bien être, il ignore tout un ensemble d’activités économiques qui contribuent, elles en revanche, à notre qualité de vie — simplement parce qu’il n’y a aucun échange monétaire. Ainsi le travail bénévole, les activités d’intérêt collectif, le travail vital et non rémunéré réalisé au sein du foyer, tout cela ne représente rien pour le PIB ; de même le temps précieux dont nous avons besoin pour méditer, jardiner et être en lien avec notre famille ou des amis n’a aucune valeur pour le PIB.

Etant donné que le développement équitable est un principe qui est au cœur du BNP, il est intéressant de remarquer que le PIB ne mesure que le montant total des revenus d’un pays sans prendre en compte la façon dont ce revenu est partagé. Ainsi les riches peuvent s’enrichir et les pauvres s’appauvrir encore plus, et le PIB peut continuer à augmenter alors que les inégalités grandissantes restent invisibles au sein de nos comptes standard.

Je pourrais continuer à faire la liste de bien d’autres anomalies fondamentales liées à notre confiance actuelle dans les méthodes comptables du PIB ; d’autant que celles-ci fourvoient hélas les décideurs politiques qui continuent d’aller à l’encontre d’actions opportunes destinées à lutter contre le changement climatique, les maladies ou d’autres préventions cruciales. Mais les quelques exemples que j’ai cités ici suffisent à expliquer ce que le premier architecte du PNB/PIB, le prix Nobel Simon Kuznets, savait il y a déjà 60 ans lorsqu’il nous avait averti que le PNB/PIB ne devrait jamais servir à évaluer le bien être, la prospérité et le progrès d’une nation. Pour cela, Kuznets a reconnu qu’il fallait non pas s’interroger toujours sur la quantité de ce qui augmente, mais bien sur la nature de ce qui augmente. Mais le monde ignore depuis toujours le sage conseil de Kuznet et utilise encore le PIB comme critère primordial de bien être, de prospérité et de progrès.

(à suivre)