En chemin vers le Mont Kaïlash. A 4800 mètres d’altitude les nuages et la terre se rencontrent à Bayang, Tibet de l’ouest. 1998
Pour accompagner la sortie de son livre Lumière aux Éditions Allary, Matthieu Ricard vous propose une série de blogs autour de la photographie. Une invitation à partager l’émerveillement, à célébrer la beauté du monde et à poursuivre cette quête de lumière qui traverse son parcours depuis soixante ans.
« La lumière est le premier des peintres. » Léonard de Vinci
« La photographie, c’est l’art de peindre avec la lumière. » Alphonse de Lamartine
Le photographe serait-il un peintre dont la matière est la lumière, le pinceau le regard ? Photographier, n’est-ce pas peindre à l’infini, redessiner mille fois les visages, la terre, les fleuves, les glaciers, recevoir ce que la nature et les êtres nous donnent ?
En 1839, l’astronome britannique John Herschel, qui fut également l’un des pionniers de la photographie, a introduit le terme « photographie », dérivé de deux racines grecques : « photo- » (φωτoς, photos : lumière, clarté), signifiant « qui procède, de la lumière » ou « qui utilise la lumière », et « graphie » (γραφειν, graphein : peindre, dessiner, écrire), évoquant ce qui écrit ou ce qui aboutit à une image. Ainsi, le terme « photographie » se traduit littéralement par « écrire ou peindre avec la lumière. »
« Ce qui fait de la photographie une invention étrange est que ses matières premières sont la lumière et le temps, » écrivait le critique d’art et poète anglais John Berger. La lumière, le temps, associés aux lieux et aux êtres sont ainsi les éléments fondamentaux de la photographie. Leurs importances respectives varient selon les sujets : dans le cas de la lumière minérale, l’échelle temporelle se déploie sur des millions d’années et seuls le lieu et la lumière importent. Photographier le ciel dépend un peu du lieu et beaucoup du temps et de la lumière, tandis qu’un portrait, qui évoque la lumière du cœur, exige une harmonie entre tous ces éléments. Dans tous les cas, il faut être au bon endroit, au bon moment, avec la bonne lumière.
En ce qui me concerne, tout a commencé vers l’âge de douze ans, après avoir reçu un modeste Foca Sport en cadeau d’anniversaire. Je photographiais des flaques d’eau et des reflets de lumière dans des verres et mon entourage disait : « Ne comptez pas sur Matthieu pour les photos de famille. » Je ne suis guère dans mon élément dans les villes et ai toujours éprouvé une profonde satisfaction à vivre dans la nature. J’ai commencé à photographier plus sérieusement vers l’âge de quinze ans, accompagné par mon ami André Fatras, l’un des pionniers de la photographie animalière en France. Notre rencontre eut lieu dans des circonstances peu banales : il s’échoua en canot pneumatique plein d’eau, à deux doigts de sombrer, sur la plage de la Turballe en Bretagne. Il avait descendu la Loire avec sa femme de dix-neuf ans et un bébé d’un an, dans le but de rencontrer mon oncle, le navigateur en solitaire Jacques-Yves Le Toumelin. Par chance, il s’échoua sous les yeux de ma mère qui se promenait sur la plage. Mon oncle les accueillit bien volontiers et ils campèrent quelque temps sur la lande de sa propriété, Gwenved, lovée au cœur du Traict du Croisic, entre la presqu’île de Pen-Bron et les dix mille hectares des marais salants guérandais.
Par la suite, je fis de fréquents séjours chez André en Sologne où il photographiait la faune sauvage, les oiseaux en particulier. Je continuai à apprendre la photographie sur le terrain et, avant de quitter la France en 1972, j’avais publié quelques photos de nature dans diverses revues, dont des couvertures de Réalités et Connaissance de la campagne. Mes meilleures images de cette époque furent perdues après que l’agence à laquelle je les avais confiées eut fermé ses portes pendant que je vivais en Inde.
Après m’être établi dans l’Himalaya, je photographiai principalement mes maîtres spirituels et leur univers. Mon but était de partager la splendeur, la force et la profondeur dont j’étais témoin. J’ai toujours utilisé la photographie comme une source d’espoir, dans l’intention de restaurer la confiance dans la nature humaine et de raviver l’émerveillement devant la part sauvage du monde.
Retrouvez l’ensemble de cette démarche photographique dans Lumière, publié aux Éditions Allary.
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