
Pour accompagner la sortie de son livre Lumière aux Éditions Allary, Matthieu Ricard vous propose une série de blogs autour de la photographie. Une invitation à partager l’émerveillement, à célébrer la beauté du monde et à poursuivre cette quête de lumière qui traverse son parcours depuis soixante ans. Ce dernier article vient clore cette série inspirante.
Se fondre dans l’immensité du ciel, se perdre dans le dédale d’une écorce, disparaître dans l’intimité d’une fleur. L’émerveillement se délecte de l’air vif des montagnes, des senteurs d’un sous-bois de sapins, des effluves d’une prairie après la pluie. De l’appel mélodieux d’une grive, du moelleux de la mousse, du sable fin qui coule entre les doigts, du goût doré d’une mandarine, de la fraîcheur et la légèreté d’un flocon de neige qui se pose au creux de la main, du sourire d’un enfant. « Avant tout, écrivait Eliot Porter, une œuvre d’art est une création de l’amour… L’amour est la nécessité fondamentale qui sous-tend le besoin de créer, qui sous-tend l’émotion qui lui donne forme. »
Dans mon ermitage au Népal, aux toutes premières lueurs de l’aube, les étoiles sont encore visibles. La chaîne himalayenne se dessine sur un ciel gris bleuté. Les montagnes virent au rose cramoisi, puis vient le moment où le premier pic à plus de huit mille mètres accroche les rayons du soleil levant et s’embrase d’un orange flamboyant. Très vite, l’ensemble de la chaîne s’éclaire, puis la lumière rasante illumine la mer de nuages qui s’étale au pied des montagnes recouvrant les vallées qui resteront une heure encore ensevelies dans la brume. J’embrasse la majesté de l’Himalaya qui se déploie sous mes yeux sur plus de deux cents kilomètres. L’immensité et la lumière sans cesse changeante de ce paysage sublime imprègnent l’être comme un nectar. Le silence est parfait. Je reste là, humant l’air pur, laissant mon regard se fondre dans l’immensité de l’espace et du paysage qui transparaît au travers du voile bleuté qui estompe la frontière entre le ciel et la terre. Je laisse mon esprit reposer dans la simplicité, le calme de l’état naturel qui apparaît clairement lorsque l’esprit cesse d’être brouillé par d’incessantes fabrications mentales. Je goûte à une liberté savoureuse que je n’échangerais pour rien au monde.
Retrouvez l’ensemble de cette démarche photographique dans Lumière, publié aux Éditions Allary.

Matthieu Ricard reverse l’intégralité de ses revenus – droits d’auteur de tous ses livres, photographies et conférences – aux projets de développement menés par l’association Karuna-Shechen qui oeuvre à faire reculer la pauvreté et révéler le plein potentiel des femmes, hommes et enfants les plus vulnérables. Ainsi, chaque lecteur devient, à travers son achat, un acteur direct de la solidarité.
