Enseignements de Gyalwa Götsangpa traduits du tibétain par Matthieu Ricard, Éditions Padmakara.
Né en 1189 dans le Lhodrak, au sud du Tibet, au sein d’une modeste famille de paysans, Götsangpa commence sa vie comme artiste itinérant, chantant et dansant de village en village. À dix-neuf ans, il entend une femme chanter les louanges de Tsangpa Gyaré, maître fondateur de la lignée Droukpa Kagyu. Il ressentit aussitôt une profonde aspiration à le rencontrer. Ce maître l’accueille avec une grande bonté, lui transmet l’ensemble de ses enseignements, puis lui conseille de consacrer sa vie à la pratique contemplative dans des ermitages et autres lieux solitaires.
Götsangpa passera ainsi des décennies à aller de grotte en grotte : au mont Kailash, où il est à l’origine du pèlerinage encore pratiqué de nos jours ; à Tsari, où il porte sur son dos de la tsampa destinée à nourrir d’autres ermites en retraite, au point d’avoir le dos couvert d’ampoules. Il s’éteint en 1258, au terme d’une vie de pratique exemplaire. Ses enseignements furent par la suite rassemblés en six volumes.
En 1983, au Bhoutan, je reçus de Sengdrak Rinpoché, l’un des rares détenteurs de cette lignée, la transmission de plusieurs volumes des écrits de Götsangpa, en présence de mon maître spirituel, Dilgo Khyentsé Rinpoché. Je formai alors le vœu d’en traduire certains en français. Ce n’est que récemment que j’ai pu réaliser ce souhait, avec la publication aux Éditions Padmakara d’Amour inconditionnel, sagesse intemporelle.
Le cœur de ce recueil est constitué d’instructions orales sur l’amour altruiste et la compassion, ainsi que d’un ensemble de textes montrant comment se consacrer de manière authentique à la vie spirituelle. Certains nous enseignent avec une particulière limpidité quelle est la nature de notre esprit et comment nous libérer des états mentaux afflictifs qui sont à l’origine de nos souffrances et de celles des autres.

Comme le rappelle Jigmé Khyentsé Rinpoché dans sa préface, la dévotion, le renoncement, la compassion et la vue du Mahāmudrā s’unissent chez Götsangpa « en une seule voie cohérente et concrète ». Cet héritage a été transmis jusqu’à nous par de grands maîtres, à commencer par Dilgo Khyentsé Rinpoché, qui en incarna pleinement la réalisation.

Rien n’est édulcoré dans ces instructions. Elles ne font aucune concession au matérialisme spirituel, cette tendance instinctive à protéger nos vulnérabilités plutôt qu’à les affronter. C’est précisément cette exigence, née de l’expérience vécue d’un homme qui consacra sa vie entière à mettre ces enseignements en pratique, qui fait de ce livre une source d’inspiration rare. Huit siècles à l’avance, il apporte une réponse à une difficulté qui demeure profondément contemporaine : apprendre à aimer sans condition, en commençant par nous-mêmes, et cheminer vers la liberté intérieure et la sagesse.