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Lumière spirituelle

Pour accompagner la sortie de son livre Lumière aux Éditions Allary, Matthieu Ricard vous propose une série de blogs autour de la photographie. Une invitation à partager l’émerveillement, à célébrer la beauté du monde et à poursuivre cette quête de lumière qui traverse son parcours depuis soixante ans.

« La lumière qui vient de l’intérieur ne peut jamais être éteinte. » — Haruki Murakami

La lumière spirituelle est celle de la sagesse et de la connaissance qui dissipe les ténèbres de l’ignorance et de la confusion. C’est aussi la lumière de la bonté et de la compassion qui traverse les murs de l’égoïsme et dissipe l’opacité du sentiment exacerbé de l’importance de soi.

Pour le bouddhisme, on pourrait dire que la beauté est ce qui nous procure un sentiment de plénitude, ce qui permet d’envisager divers niveaux de beauté associés à divers degrés de plénitude. On pourrait qualifier de beauté « relative » ce qui nous procure une satisfaction momentanée, et de beauté « ultime » ce qui conduit à une plénitude durable qui perdure au travers des aléas de l’existence. C’est de cette beauté ultime que relève la beauté spirituelle, celle du visage d’un Bouddha ou d’un sage, homme ou femme. 

Cette beauté ne répond pas aux critères de la beauté des statues grecques ou de la beauté hollywoodienne, mais elle est infiniment féconde, parce qu’elle reflète les qualités de l’Éveil et témoigne de la possibilité de l’atteindre. Ainsi, la beauté peut être perçue de façon très différente selon les individus et les cultures.

J’ai eu la précieuse opportunité de photographier mes maîtres spirituels dans leur intimité pendant un demi-siècle. Il m’en coûte parfois de prendre une photo d’un sage plutôt que de profiter pleinement de sa présence. Toutefois, si les circonstances s’y prêtent, je prends quelques images, dans le but de partager avec d’autres la beauté spirituelle dont j’ai été témoin. Il faut savoir être présent tout en restant invisible, et déclencher l’appareil en demandant respectueusement en son for intérieur la permission de pénétrer l’espace intime de ces êtres d’exception. Le photographe doit pouvoir saisir l’instant avec la délicatesse de celui qui cueille un coquelicot sans en abîmer les pétales.

Pour ceux qui n’ont pas eu la possibilité de rencontrer ceux des grands maîtres spirituels qui ont maintenant disparu, en dehors de leurs écrits et de leur lignée spirituelle, le témoignage le plus évocateur de ce qu’ils étaient est sans doute les images que des photographes ont pu faire d’eux. Les sages, hommes et femmes, peuvent avoir des aspects physiques très différents, mais c’est la réalisation intérieure et la compassion qui les unissent. « La lampe est différente, mais la lumière est la même, » écrivait Rûmi. Les photographies de ces maîtres sont aujourd’hui une grande source d’inspiration pour nombre de disciples du bouddhisme tibétain. Ne serait-il pas inspirant de pouvoir contempler une photographie de Socrate ou de Saint François d’Assise ? Je me réjouis d’avoir pu ainsi, pendant un demi-siècle, mettre en valeur la beauté intérieure des maîtres spirituels que j’ai rencontrés et la beauté extérieure du monde dans lequel ils vivaient.

Quant au sage lui-même, il finit par percevoir la beauté en toutes choses : toutes les formes sont perçues comme la manifestation de la pureté primordiale, l’union des apparences et de la vacuité, tous les sons comme l’écho de mantra, la résonance de la parole du Bouddha, et toutes les pensées comme le jeu de la conscience éveillée. Il ou elle ne fait plus de distinction entre l’harmonieux et le discordant, le beau et le laid. La beauté est devenue omniprésente et la plénitude immuable. Il est dit : « Sur une île d’or, on chercherait en vain des cailloux ordinaires. »

Retrouvez l’ensemble de cette démarche photographique dans Lumière, publié aux Éditions Allary.


Matthieu Ricard reverse l’intégralité de ses revenus – droits d’auteur de tous ses livres, photographies et conférences – aux projets de développement menés par l’association Karuna-Shechen qui oeuvre à faire reculer la pauvreté et révéler le plein potentiel des femmes, hommes et enfants les plus vulnérables. Ainsi, chaque lecteur devient, à travers son achat, un acteur direct de la solidarité.