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Sur la peine de mort

Par Matthieu Ricard le 16 juillet 2009

En Décembre 2006, le gouverneur de Floride, Jeb Bush, suspendit temporairement les exécutions capitales des condamnés à mort parce qu'il avait fallu vingt minutes pour que l'un d'entre eux succombe à une injection létale supposée le tuer en quatre minutes. Il affirma qu'il agissait ainsi par souci d'humanité.

Je ne vois aucune humanité dans le fait de tuer quelqu'un en quatre minutes plutôt qu'en vingt minutes. Nous ne pouvons nous poser en justicier lorsque nous tuons quelqu'un.
Gandhi disait que « si nous voulons prendre œil pour œil et dent pour dent, le monde sera bientôt aveugle et édenté ». La loi du talion, toujours en vigueur dans nombre de cultures, reflète elle aussi un manque d'humanité.

Punir la mort par la mort est un acte de vengeance. Il n'est pas besoin de tuer quelqu'un pour l'empêcher de continuer à faire du mal. Le mettre en prison est suffisant. L'Etat, ou la société, s'arroge le droit de prendre une vie comme s'il s'agissait d'un paiement.

Il y a quelques années j'ai entendu à la BBC le père d'une des victimes de l'attentat à la bombe d'Oklahoma City dire : « Je n'ai pas besoin d'une mort de plus ». En mettant à mort un meurtrier, nous ne faisons pas triompher la justice, nous ne témoignons pas de notre respect pour les victimes et leurs familles, nous ne faisons que multiplier les morts.
Des études psychologiques approfondies ont du reste montré que le chagrin et le deuil des parents des victimes trouvait un apaisement plus profond et durable dans le pardon que dans la satisfaction d'assister à l'exécution d'un criminel.

Des études comparatives menées dans des états qui appliquent la peine capitale et d'autres qui y renoncent montrent systématiquement l'absence d'effet véritablement dissuasif de la peine de mort qui n'a aucune répercussion positive sur le taux de criminalité.

Aussi la peine de mort n'est-elle autre que la loi du talion revêtue de la toge de la justice. Comme l'a dit Arianna Ballotta, la présidente de La Coalition italienne pour l'Abolition de la Peine de Mort : « En tant que société, nous ne pouvons tuer en vue de montrer que tuer est un mal ».

Selon le rapport d'Amnesty International, les cinq pays qui ont procédé au plus grand nombre d'exécutions en 2008, ont été la Chine (au moins 1718, probablement beaucoup plus), l'Iran, l'Arabie saoudite, le Pakistan et les États-Unis d'Amérique. Ensemble, ces cinq pays on procédé à 93% de toutes les exécutions et offrent le plus grand défi en vue d'une abolition mondiale de la peine de mort.