Matthieu Ricard

Moine bouddhiste, Humanitaire, Auteur et Photographe
blog

Spiritualité et philosophie de vie 2

Par Matthieu Ricard le 19 mars 2013

Lors du Colloque « Se changer soi, changer le monde », organisé par Émergences à Bruxelles en septembre dernier, Pierre Rabhi et Matthieu Ricard ont eu l'occasion d'échanger sur leur approche de la vie. Nous avons fait ici une sélection et une remise en forme des meilleurs moments de cette belle rencontre. Vous pourrez retrouver des images de ce colloque un documentaire de la collection « Empreintes » consacré à Pierre Rabhi, qui sera diffusé sur France 5 au premier semestre 2013.


Un changement indispensable

Matthieu : Je pense qu'il faut arrêter la course au superflu. La crise que nous vivons est « une crise du superflu ». Il faut quand même se souvenir qu'en Europe, en Amérique du Nord, 30 % des aliments et des médicaments sont jetés ! On fait beaucoup d'efforts pour des choses qui ne sont pas indispensables. Beaucoup de gens peinent au travail sans avoir le sentiment que leurs actions aient une grande utilité pour eux ou l'humanité. Il est important d'être en quête d'une simplicité volontaire, de chercher à s'épanouir sans être préoccupé par le superflu.
Pierre : Matthieu a raison, le superflu est sans limites. Le commerce international nous situe à l'opposé même d'une logique de paix, il est une bombe à fragmentation sociale.

Un monde si violent

Pierre : II est plein de violence. Cette violence n'est pas seulement le fait de frapper l'autre ; d'ailleurs on peut s'étonner que tuer une personne soit un délit, alors qu'en tuer cent est un honneur. La violence existe sous d'autres aspects : la faim dans le monde est une violence inouïe commise par l'humanité repue à l'encontre de l'humanité démunie. La façon dont on exploite, affame les pays dits en développement, dont on leur soutire plus que ce qu'ils peuvent nous apporter, est insupportable. De même, la manière dont on traite les animaux dans de véritables camps de concentration est une autre forme de violence.
Matthieu : Effectivement, on peut parler de camp de concentration en ce qui concerne les abattoirs, car ce sont des rescapés des camps qui ont, eux-mêmes, fait ces comparaisons. Ils les ont vécu et personne ne peut donc leur reprocher cette comparaison. Selon Gandhi, on peut juger une civilisation à la façon dont elle traite ses animaux. L'aspiration fondamentale de tous les êtres vivants est de ne pas souffrir. Concernant la violence entre les humains, il faut avoir à l'esprit que la guerre, ce sont des gens qui ne se connaissent pas et qui s'entretuent pour le comte de gens qui se connaissent, mais ne s'entretuent pas.


Propos extraits de prises de vues réalisées par Vincent Feragus pour un documentaire de ta collection « Empreintes », remis en forme par Pascal Greboval et Lucile Vannier.