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Rajgir et le Pic des Vautours

Par Matthieu Ricard le 14 avril 2011

Seize ans après son illumination c'est à Rajgir, au Pic des Vautours, que le Bouddha enseigna la Perfection Transcendante de Sagesse (Prajna Paramita) à une assemblée qui comptait 5.000 moines, nonnes et laïcs ainsi que d'innombrables bodhisattvas. On appelle cet enseignement la Deuxième Mise en Mouvement de la Roue du Dharma. Il est centré sur la compréhension du sens de la « vacuité », sunyata, qui est la nature ultime des phénomènes.

Lorsque le bouddhisme enseigne que la vacuité est la nature ultime des choses, il veut dire que les phénomènes et les fonctions qu'ils remplissent sont dénués d'existence autonome et permanente. La vacuité n'est donc pas une sorte d'entité indépendante. C'est le mode d'être des choses tel qu'il est révélé par l'analyse. Il ne s'agit en aucun cas du néant, de l'absence de tout phénomène comme les premiers commentateurs occidentaux du bouddhisme l'avaient cru. La notion de vacuité, à son tour, ne doit pas servir de support à l'élaboration de nouvelles fixations conceptuelles. C'est pourquoi le Bouddha prend la précaution de parler de ‟vacuité de la vacuité”. En effet, les concepts d'existence et de non-existence n'ont de sens que l'un par rapport à l'autre. Si on ne peut pas parler d'existence réelle, parler de non-existence devient absurde. Le Traité fondamental de la perfection de la sagesse dit :

‟Ceux qui s'attachent à la vacuité
Sont dit incurables ‟.

Pourquoi incurables? Parce que la méditation sur la vacuité est le remède qui permet de se libérer des concepts erronés sur la nature des choses, de l'attachement à une réalité solide. Or si ce remède devient lui-même une source d'attachement à une ‟vacuité”, il n'y a plus de cure possible. Le même traité conclu : ‟Par conséquent, le sage ne demeurera ni dans l'être ni dans le non-être.” Selon le bouddhisme, cette analyse de l'irréalité des choses fait partie intégrante du chemin spirituel, car elle permet de dissiper notre croyance en l'existence intrinsèque des phénomènes.
Rajgir est aussi l'endroit où Sharipoutra et Maudgalyayana, les deux principaux disciples du Bouddha, embrassèrent le bouddhisme et où le Bouddha soumit un éléphant sauvage.

Le roi Ajatasatrou possédait un éléphant féroce. Quand Devadatta, le cousin jaloux de Shakyamouni, apprit que le Bouddha arrivait à Rajgir, il s'arrangea pour que l'éléphant s'échappe et se rendit sur la terrasse du palais pour voir le Bouddha se faire tuer. Mais quand l'éléphant le chargea, l'illuminé le calma en quelques mots et le féroce animal s'agenouilla devant lui.

A Rajgir, le roi Bimbisara offrit le bois de Bambous de Velouvana aux disciples du Bouddha. Calme, aéré, arrosé par un ruisseau et situé à une distance suffisante de la cité, l'endroit était idéal pour un ordre monastique. Comme il convenait à la pratique de la méditation le Bouddha y passa la première retraite de mousson après son illumination. Il devait revenir y passer plusieurs retraites de mousson pendant les années suivantes.

Le dernier voyage du Bouddha, qui se termina par le Mahaparinirvana à Koushinagar, commença à Rajgir.

Peu après, sous le l'égide du roi Ajatasatrou, le Premier Concile présidé par Mahakasyapa, un grand disciple du Bouddha qui était son héritier spirituel, rassembla 500 moines dans la grotte de Shrataparna, près du bois de Velouvana. Tous les enseignements du Bouddha y furent compilés de mémoire. C'est pour cette raison que tous les soutras (les sermons du Bouddha) commencent par la phrase « Voici ce que j'ai entendu, à tel endroit, à tel moment… » On dit qu'Ananda, le neveu du Bouddha qui l'accompagna toute sa vie et entendit un grand nombre d'enseignements, n'était pas supposé assister à cette réunion parce qu'il n'était pas arrivé à l'état d'Arhat. Comme il avait passé son temps à servir le Bouddha, il n'avait pas pu se consacrer à la pratique de manière continue. Mais Ananda passa la nuit en parfaite méditation, et grâce à l'immense quantité de mérites qu'il avait accumulés en servant fidèlement le Bouddha, à l'aube il atteignit l'état d'arhat et put participer au concile. imageDilgo Khyentsé Yangsi Rinpotché offrant à Rabjam Rinpotché les symboles du corps, de la parole et de l'esprit éveillésimagePrières au sommet du Pic des Vautours