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Quel état mental conduit à l’altruisme ?

Par Matthieu Ricard le 4 février 2020

Mr3437

Le blog ci-dessous est un extrait de l’ouvrage de Matthieu Ricard Plaidoyer pour l’altruisme. Si vous souhaitez approfondir votre expérience de lecture nous vous invitons à consulter l’intégralité de ce livre, que vous pouvez acquérir à partir de la page suivante : https://www.matthieuricard.org/books.

Des huit types d’empathie recensés par Daniel Batson, seule la sollicitude empathique est nécessaire et suffisante pour engendrer une motivation altruiste. Qu’en est-il des catégories envisagées par Tania Singer et ses collègues neuroscientifiques ?

La contagion émotionnelle peut servir de précurseur à l’empathie mais, en elle-même, elle n’aide en rien à engendrer une motivation altruiste puisqu’elle s’accompagne d’une confusion entre soi et autrui. Elle peut même constituer un obstacle à l’altruisme, lorsque l’on est submergé par cette contagion émotionnelle et que, désorienté, on ne se préoccupe que de soi-même.

L’empathie, ou résonance affective est, elle aussi, neutre a priori. Selon les circonstances et les individus, elle peut évoluer en sollicitude et engendrer le désir de pourvoir aux besoins d’autrui. Mais l’empathie peut aussi déclencher une détresse qui focalise notre attention sur nous-mêmes et nous détourne des besoins de l’autre. Pour cette dernière raison, l’empathie ne suffit pas en elle-même à engendrer l’altruisme.

L’approche cognitive peut, en revanche, constituer une étape vers l’altruisme mais, comme l’empathie, elle n’est ni nécessaire ni suffisante à la genèse d’une motivation altruiste. Elle risque également d’engendrer des comportements totalement égoïstes, comme dans le cas des psychopathes qui n’éprouvent ni empathie ni compassion, mais sont experts à deviner les pensées d’autrui et utilisent cette faculté afin de les manipuler.

Reste donc la compassion, le souhait qu’autrui soit libéré de la souffrance et des ses causes, dont l’essence est une motivation altruiste, nécessaire et suffisante pour que nous désirions le bien d’autrui et engendrions la volonté de l’accomplir par l’action. En effet, cette compassion est consciente de la situation de l’autre, elle est associée au désir de soulager sa souffrance et de lui procurer du bien-être. Enfin, elle n’est pas parasitée par une confusion entre les émotions ressenties par l’autre et les nôtres.

Ainsi l’importance de la compassion ouverte à tous les êtres souffrants est-elle mise en évidence par les psychologues, qui parlent de sollicitude empathique, par les neuroscientifiques et par le bouddhisme où elle occupe une place centrale.