Matthieu Ricard

Moine bouddhiste, Humanitaire, Auteur et Photographe
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Le Dalaï-lama et l'« âge de la femme

Par Matthieu Ricard le 2 juin 2012

Récemment, lors de sa visite à Yeunten Ling, un centre bouddhiste renommé à Huy, en Belgique. Sa Sainteté a parlé du rôle des femmes dans la société :

« Les tribus nomades qui vivaient de chasse ou de cueillette étaient des sociétés égalitaires non régies par des chefs. Puis vint l'âge de l'agriculture sédentaire et le début de l'accumulation des richesses. Des fauteurs de troubles se manifestèrent et il devint nécessaire de faire appel à des chefs pour maintenir l'ordre. La force physique étant essentielle à cet égard, la domination des mâles s'instaura.

« Puis vint l'âge de l'éducation, de l'intelligence et de la raison, autant de domaines dans lesquels la femme et l'homme sont égaux. Bien qu'il reste de grands progrès à accomplir, nous sommes à présent entrés dans l'âge de l'égalité entre hommes et femmes.

« Si l'on veut préparer l'avenir, il semble bien que la qualité suprême, celle dont la société a le plus besoin, est l'altruisme, la disposition à prendre soin des autres et à être concerné par leur sort. Or, les femmes sont naturellement plus disposées à la sollicitude et à la compassion que les hommes. Cela vient sans doute originellement de l'instinct maternel qui les pousse à être attentionnées à l'égard de l'enfant qui dépend d'elle, à se demander s'il souffre, s'il a soif, à être plus encline que l'homme à prodiguer affection et compassion. Placés devant la nécessité de favoriser le développement d'une société plus altruiste, il semble donc souhaitable, d'entrer désormais dans l'« âge de la femme ». Pour ma part, je me considère donc comme un « féministe. »

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Lorsque le Dalaï-lama exposa ce point de vue à la conférence de la Paix de Vancouver en 2009 (ainsi qu'à Huy en Belgique il y a quelques jours), conférence à laquelle participaient cinq femmes prix Nobel de la Paix, Mary Robinson, première présidente femme de l'Irlande et ancienne Haut-Commissaire des Nations Unies aux Droits de l'Homme, commenta : « Si je me dis féministe, ça ne surprend personne. Mais si le Dalaï-lama se dit féministe, voilà qui frappe vraiment les esprits ! »

Le Dalaï-lama ajoute fréquemment que s'il s'avère que ce temps viendra où les femmes exerceront une influence plus grande dans la société, un prochain Dalaï-lama non seulement pourrait être une femme, mais devrait l'être.