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L'hypothèse faite par Daniel Batson d'un altruisme véritable

Par Matthieu Ricard le 30 décembre 2009

Lors des réunions préparatoires à la conférence de l'Institut Mind and Life sur « L'altruisme et la compassion en économie » (qui se tiendra à Zurich du 9 au 11 avril 2010, voir www.compassionineconomics.org), j'ai eu la chance de passer quelque temps avec Daniel Batson, un éminent psychologue américain, professeur à l'université du Kansas à présent à la retraite, que je souhaitais rencontrer depuis des années.

Daniel Batson a le mérite d'avoir montré de manière très convaincante que l'altruisme véritable existe bien. Cela peut sembler évident pour beaucoup, mais c'est contraire à la vision dominante de la psychologie occidentale, qui est celle de l'égoïsme universel. Selon elle, tout comportement apparemment altruiste est déterminé par une motivation intéressée (« Gratter un peu la peau d'un altruiste et voyez saigner l'hypocrite », est leur slogan)

Un comportement faussement altruiste peut être motivé par la recherche de récompenses matérielles, sociales ou personnelles, ou le souci d'éviter des sanctions, ou celui de réduire la détresse que l'on ressent devant le spectacle de la souffrance d'autrui, ou alors tout simplement le constat que ça « fait du bien ».

Mais il existe aussi une autre conception des choses, selon laquelle certains comportements et motivations sont authentiquement altruistes. L'hypothèse de l'existence d'un altruisme fondé sur l'empathie, émise par Daniel Batson, le conduit à définir la sollicitude empathique comme un état d'esprit tourné vers autrui, né d'une aptitude innée à évaluer le bien-être de l'autre et à percevoir les besoins de l'autre. La sollicitude empathique fait naître une motivation altruiste, qui est « un état de la motivation tendue vers ce but ultime d'accroître le bien-être d'autrui »

Daniel Batson et son collaborateur ont mené plus de 35 expériences pour établir l'existence de l'altruisme fondé sur l'empathie par opposition à ces autres modèles plausibles de type égocentrique. La seule conclusion raisonnable de ces expériences semble être que l'existence d'un altruisme fondé sur l'empathie est établie et que le répertoire des motivations humaines ne se limite pas à l'égoïsme.

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