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L'avenir ne fait pas mal.... pour le moment !

Par Matthieu Ricard le 10 mars 2009

Ainsi que Sa Sainteté le Dalaï Lama l'a souligné à maintes reprises, l'interdépendance est une notion essentielle du bouddhisme qui débouche sur une profonde compréhension de la nature de la réalité et sur une prise de conscience de la responsabilité universelle que nous partageons tous. Si l'on considère que tous les êtres sont étroitement liés et que, tous sans exception, veulent éviter la souffrance et aspirent au bonheur, cette compréhension constitue la base de l'altruisme et de la compassion et nous conduit naturellement à la pratique de la non-violence envers tous les êtres humains et les animaux ainsi qu'au respect de l'environnement.

Le consumérisme effréné est fondé sur le principe selon lequel les gens ne sont que des instruments que l'on utilise et que l'environnement est une denrée comme une autre. Une telle attitude nourrit le mécontentement, l'égoïsme et le mépris.

La grande majorité des Tibétains n'a jamais entendu parler du réchauffement climatique ; ils savent tous néanmoins que la glace est désormais moins épaisse qu'autrefois et que les températures hivernales sont en hausse. Dans les différentes parties du monde où l'accès à l'information est libre et facile, la plupart d'entre nous sont conscients des dangers imminents suscités par le réchauffement climatique et par l'absence de mesures suffisantes entreprises par les autorités politiques pour y remédier. Même le Rapport Stern traitant des conséquences économiques du changement climatique, qui est une mise en garde sur l'impact catastrophique du réchauffement climatique sur l'économie mondiale, n'a eu que peu d'effet sur les décideurs. Pourtant les preuves sont écrasantes.

Les Européens ont mis en œuvre leurs programmes d'énergies renouvelables ; cependant dans les grands pays asiatiques les changements ont à peine commencé et nécessiteront un bouleversement radical des politiques économiques ainsi que des investissements financiers considérables. Il est difficile d'escompter que des pauvres chauffeurs népalais cessent d'utiliser leurs vieux camions dont les pots d'échappement émettent des nuages de fumée noire et toxique. S'ils le faisaient, ils ne pourraient plus subvenir à leurs besoins. Qui donnera des voitures électriques et des fours solaires efficaces gratuits à toutes ces populations ? Comment pouvons-nous offrir du biogaz à un milliard d'Indiens ?

Afin de faire étalage de ses avancées technologiques, le gouvernement chinois développe une île « hyper-écologique » où il n'y aura pas la moindre émission de carbone. Toutefois, ce même gouvernement suit une politique opposée dans le reste du pays en produisant par exemple d'innombrables 4x4, en polluant l'atmosphère et les fleuves sur une échelle telle que cela provoque des émeutes dans les villes où les émanations toxiques et les eaux polluées mettent la vie des gens en danger.

Dans les années à venir investiront sans doute des sommes importantes dans les énergies renouvelables. De ce fait, ces formes d'énergie deviendront moins coûteuses. Boone Pickens, un milliardaire du pétrole représente un exemple typique. Il a investi des milliards de dollars dans l'énergie éolienne. Est-ce qu'il l'a fait pour gagner plus d'argent ? « Bien sûr, répond-il, le monde du pétrole est devenu complètement fou. Les énergies renouvelables sont non seulement crédibles, mais elles permettent en outre de gagner de l'argent. » Même du point de vue d'un industriel du pétrole pur et dur de Houston, cette forme d'énergie est justifiée. Ces gros financiers peuvent avoir un énorme impact sur les attitudes des milieux d'affaires dans d'autres domaines.

Les gens réagissent vivement face à un danger immédiat, toutefois il leur est difficile de se sentir impliqués émotionnellement par un problème qui se produira dans dix ans ou vingt ans. Ils se sentent rarement motivés pour changer leur attitude à l'égard d'une situation qui les affectera dans le futur ou qui concernera la prochaine génération. Ils se disent : « On verra bien quand ça arrivera. » Ils répugnent à l'idée de se priver de plaisirs immédiats pour la seule raison que ces satisfactions auront des effets désastreux à long terme. Leurs actions sont motivées par le fait d'éviter toute contrainte, maintenant. L'avenir ne fait pas mal.... dans l'immédiat !