A la veille de l’exposition et de la conférence de Matthieu au festival de photo de nature de Montier-en-Der, l’Est Républicain à réalisé cet interview – 1
Lundi 14 novembre 2011
L’Est Républicain : Matthieu Ricard avec un appareil photo, cela risque de surprendre le grand public…
Matthieu—Ce n’est pas la première fois. J’ai maintenant publié 7 albums de photographie en France (aux Editions de la Martinière et, pour l’un d’entre eux chez Albin Michel). Presque à chaque fois, quelqu’un me dit “C’est très beau, mais … qui a fait les photos?” C’était particulièrement amusant dans le cas de “Voyage Immobile” et de mon dernier album “108 Sourires” qui ne contiennent pratiquement que des images. En fait, j’ai toujours aimé la photographie et ai commencé à l’apprendre à 16 ans avec mon ami André Fatras, photographe animalier.
- La photographie apporte-t-elle une dimension supplémentaire à votre travail ?
Elle m’apporte la joie de partager la beauté des paysages naturels et la beauté intérieure des êtres que je côtoie dans l’Himalaya depuis quarante ans.
- Bouddhiste, photographe… Est-il toujours question de la même lumière ?
D’après les enseignements bouddhistes, la nature de bouddha est présente en chacun être. Par la photographie, je voudrais montrer la beauté de cette nature humaine. La beauté et la dignité peuvent coexister avec la souffrance la plus intense, et l’espoir peut survivre même à la destruction et la persécution la plus totale. Le peuple tibétain nous en donne la preuve, lui qui a su conserver sa joie, sa force intérieure et sa confiance, alors qu’il subit toujours une oppression tragique et un génocide culturel. Les images de souffrance, de détresse et d’ignominie abondent. Elles sont nécessaires pour éveiller les consciences et inspirer la détermination à intervenir et aider. Mais personnellement, je n’ai jamais pu prendre de telles images même lorsque l’occasion s’en est présentée. C’est sans doute une question de nature, mais pour moi, l’essentiel est d’inspirer la confiance et l’espoir, car c’est ce qui nous manque le plus et ce dont nous avons le plus besoin.
- La photo, c’est un instant figé dans un moment d’éternité ?
C’est un peu ce que disait à propos de mes images Henri Cartier-Bresson, qui eut la bonté d’écrire, avec beaucoup d’indulgence et de gentillesse, à propos de mon premier livre de photographies, L’esprit du Tibet, « La vie spirituelle de Matthieu et son appareil de photo ne font qu’un, de là surgissent ces images fugitives et éternelles. »
