Blog / Mai 2010

Liste des articles blog par titre:

Forum sur l'altruisme: Points de vue d'André Conte-Sponville et Paul Ekman

Dimanche 30 mai 2010

Forum sur l’atruisme:

En cliquant sur ANCIENT BILLET, vous pouvez également consulter une discussion qui contraste les points de vue de deux grands esprits, le philosophe André Comte-Sponville et le psychologue Paul Ekman, éminent spécialiste des émotions et de leur évolution.

http://www.altruism-forum.fr

Mercredi 26 mai 2010

Nouveau sujet de débat, "L'égoïsme institutionnalisé", dans notre Forum sur l'altruisme

Dimanche 23 mai 2010

Nous venons de lancer un nouveau sujet de débat, “L’égoïsme institutionnalisé”, sur la manière dont nous traitons encore les animaux. On tue en France 1 milliard d’animaux chaque année pour la consommation humaine.

Participez au débat et n’hésitez pas à nous envoyez des documents, références et témoignages en attachant un fichier à votre réponse.

http://www.altruism-forum.fr

Attitude face à la mort - 4 -, à suivre....

Jeudi 13 mai 2010

(Interview sur Radio Canada)
Pour un ermite, pour un vrai pratiquant, la mort est véritablement un passage qu’il aborde avec sérénité. On dit même que ce moment est une occasion unique : il y a là une possibilité de comprendre enfin la nature ultime des choses et d’atteindre à un éveil spirituel très profond. De ce fait, pour le méditant, c’est une étape critique, tout en demeurant un point intense de pratique spirituelle. Le pire pour un méditant est de mourir inconscient, dans les limbes, parce qu’il serait alors incapable de poursuivre sa pratique spirituelle. Le fait de pouvoir être lucide est un grand bonheur, et d’ailleurs, quand nous lisons la biographie des grands sages du passé, il est très frappant de voir que nombre d’entre eux, juste avant de mourir, s’assoient en posture de méditation, lèvent les yeux vers l’espace et meurent en méditant.

La mort est un moment critique où tout est amplifié : aussi bien les avantages d’avoir une pratique très claire à ce moment-là que le risque de vouloir se raccrocher à ce que nous devons quitter, d’être complètement bouleversé ou encore de céder à la panique. Mourir en s’agrippant à que nous laissons à nos proches, est dramatique.

Il est navrant également de mourir dans le ressentiment, le regret ou l’angoisse. Une mort sereine est évidemment la meilleure qui soit. Le souhait de l’humble bouddhiste qui meurt est, quel que soit le point d’avancement spirituel auquel il est parvenu, de pouvoir poursuivre sa progression. Il espère pouvoir renaître en tant qu’être humain auprès d’un maître spirituel, il aspire ardemment à continuer son chemin vers l’éveil. Même si ce chemin est très long, il souhaite ardemment avoir la possibilité de le poursuivre.

Bien sûr, les gens pleurent parfois. Cependant une telle attitude est déconseillée parce que le chagrin trouble le moment du passage de la personne qui s’en va et augmente son attachement à ceux qu’elle laisse derrière elle. Si elle voit que tout le monde est bouleversé, elle va s’attacher plus fortement à ceux qu’elle quitte et aura du mal à partir en paix.

L’idéal, c’est de l’aider par un conseil spirituel. En l’absence d’un maître, des textes sont lus au mourant que lui permettent de centrer sur sa pratique spirituelle toutes les facultés dont elle dispose. Il faut alors instaurer un climat calme, faire le moins de bruit possible, s’abstenir de pleurer haut et fort. Il convient ainsi d’éviter les drames et de favoriser la mort dans la sérénité. Si la personne souffre, il est crucial de l’entourer le plus possible d’affection, de tendresse, d’amour, de présence – tout ce dont nous avons grandement besoin dans notre société.

Les soins palliatifs se sont maintenant de plus en plus développés dans les milieux hospitaliers. Dans le cadre d’une intervention de soins palliatifs, la présence rassurante et aimante de quelques personnes lors d’un événement qui va inévitablement se produire est d’un grand secours, et je crois qu’il est essentiel de procurer pareille assistance à tous ceux qui meurent. Dans notre clinique du Népal — notre association Karuna-Shechen nous a permis de fonder plusieurs cliniques —, nous avons un centre de soins palliatifs qui accueille les personnes démunies afin qu’elles partent d’une façon décente, entourées d’affection, alors que naguère elles mouraient souvent seules dans la rue.

Que nous croyions ou non en une continuité de la conscience, nous ne pouvons que souhaiter que chacun meure en paix. Je revois les derniers jours de mon père, Jean-François Revel. J’étais en retraite au Népal lorsque son état de santé s’est aggravé. Je suis sorti de ma retraite et j’ai pu venir au moment où il est entré à l’hôpital pour l’assister dans ses derniers moments. J’ai passé une quinzaine de jours auprès de lui, jour et nuit lors des derniers jours. Et mon seul but était vraiment de l’entourer du maximum d’affection, d’être toujours présent, puisque même les meilleures infirmières ne peuvent pas être constamment au chevet de chaque patient. Or, il fallait, toutes les deux minutes relever son lit, le rabaisser, être constamment attentif à ses souhaits. Et quand il est mort, j’étais certes triste, mais sans le moindre regret. Cela s’est bien passé, il a connu une mort pas trop difficile et relativement sereine. Je crois que mourir dans de telles conditions est infiniment préférable à une agonie vécue dans l’angoisse. Bien sûr, il y a des gens qui éprouvent des souffrances physiques très intenses dans ces moments-là, mais, de nos jours, nous avons les moyens d’y remédier sans que la personne traitée devienne inconsciente. Nous pouvons l’aider à mourir dans la sérénité. C’est tellement mieux ainsi!  Après coup, je me sentais en paix et me suis dit : « Voilà! Il a eu une belle mort! »

Mercredi 12 mai 2010

Vendredi 07 mai 2010

(Interview sur Radio Canada)
Attitude face à la mort - 3 -, à suivre....
(Interview sur Radio Canada)

Parce qu’ils conçoivent la notion de « continuum de conscience », les bouddhistes envisagent la mort comme un passage, tandis qu’ici, en Occident, le décès est vécu très différemment : s’il y a parfois des enterrements avec des moments inspirants au cours desquels la vie du défunt est célébrée, il faut avouer qu’en général c’est un événement plutôt sinistre. En Orient, en tout cas dans le monde bouddhiste, une crémation ressemble presque à une fête.

Un grand maître spirituel est invité à présider le rite. Toute la famille, tous les amis viennent, et après le rituel fusent ces commentaires : « Ça s’est bien passé! Quelle belle cérémonie ! » Ensuite, tout le monde participe à une sorte de pique-nique, de fête : tous expriment leur joie de voir qu’un grand lama a pu venir, que de nombreux moines et nonnes ont prié pour le défunt, que tous ont pu se rassembler et se retrouver. L’atmosphère est assez festive.

Je me souviens de la mort de Marilyn Silverstone, une amie américaine qui était nonne et grande photographe. L’ambassadeur des États-Unis, venu assister à la crémation, s’est exclamé : « Incroyable, tout le monde a l’air content! » C’est en effet différent, fort différent de ce qui se passe en Occident car nous concevons la mort comme un passage, difficile certes, mais que nous cherchons à préparer dans les meilleures conditions afin qu’il s’effectue au mieux.

En somme, le défunt est un peu comme un navigateur qui aurait réussi sa traversée de l’océan et qui serait accueilli par des acclamations: « Bravo ! Maintenant qu’il est arrivé à bon port, nous pouvons dormir en paix… ».

Lundi 03 mai 2010

(Interview sur Radio Canada)
Réfléchir à la mort est une démarche saine, qui n’a rien de triste ou de morbide. C’est faire preuve de lucidité parce que masquer la réalité est inévitablement une source de frustration: quand notre mort approchera et que celle de personnes qui nous sont chères surviendra, nous serons choqués et totalement désemparés. Mais si nous comprenons que la mort est dans la nature des choses, si nous essayons de faire en sorte que ce passage s’opère le mieux possible, sans détresse, sans peur, et si nous entourons ceux qui s’en vont avec le plus d’affection, d’amour, de tendresse, de présence et de disponibilité possible, nous pourrons et saurons aborder la mort avec sérénité au lieu d’être anéantis. J’ai entendu Sogyal Rinpoché, un maître tibétain, dire : « Ne vous inquiétez pas. La mort, c’est très facile : vous expirez, puis vous n’inspirez plus à nouveau. »

Extirper la mort du champ de notre conscience ne nous permettra pas de l’appréhender sous un angle meilleur. Un texte tibétain décrit ainsi notre attitude : « Au début, on envisage la mort comme si nous étions un animal pris au piège. » Ce qui signifie que la pensée de la mort est insupportable, source de profonde angoisse et que nous nous débattons avec elle.

Ensuite, si nous entreprenons une démarche de transformation intérieure, l’attitude face à la mort ressemble à celle d’un paysan qui a labouré son champ, l’a semé, et qui, ayant fait tout le nécessaire, se trouve sans regrets. Que la grêle frappe son champ, que des animaux dévorent une partie de sa récolte, il n’a rien à se reprocher.

Enfin, pour un pratiquant expérimenté, la mort est comme une amie, c’est-à-dire qu’elle nous est devenue très familière – elle est inévitable, elle est un passage, une belle mort est le couronnement d’une belle vie – et nous n’entretenons plus à son égard de sentiment de panique, de répulsion, d’injustice, nous cessons de penser que le monde devrait être autrement parce que la révolte contre la réalité ne mène qu’à davantage de tourments. Nous devons comprendre la mort et lui permettre de donner un sens à chaque instant de notre vie qui passe.