Blog / Avril 2010

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Attitude face à la mort -1 (à suivre)

Jeudi 29 avril 2010

(Interview sur Radio Canada)

Question: L’Occident semble souffrir d’une très grande pauvreté de réflexion et d’attitude face à la mort qui est devenue un sujet tabou, l’objet d’une sorte de négation de plus en plus absurde. Pour un bouddhiste comme vous, cette situation n’est-elle pas assez consternante?

Matthieu: En effet. Les gens préfèrent escamoter l’idée de la mort, l’ôter du champ de leur pensée et l’ignorer jusqu’au dernier moment en se disant qu’ils verront bien comment cela se passera. Cette attitude revient en fait à ne pas savoir tirer le meilleur parti de la vie parce que, ce faisant, nous oublions que nous sommes en vie, c’est-à-dire que nous oublions la valeur de chaque instant qui passe. Lorsque des personnes apprennent qu’elles sont condamnées par une maladie et n’ont plus qu’un an à vivre, certaines s’écroulent mentalement. Toutefois, la grande majorité d’entre elles témoignent que cette année-là a été la plus intense, la plus riche, la plus précieuse de leur existence; une année au cours de laquelle chaque moment passé avec des êtres chers, ou dans la nature, fut un émerveillement parce que chaque moment prenait soudainement toute sa valeur.

Pour qui oublie la mort, le temps apparaît comme une chose insipide qui s’écoule comme du sable entre les doigts. Ce n’est pas pour rien que, dans le bouddhisme, la méditation sur la mort est centrale. Vous me direz : « Mais c’est morbide! À quoi bon justement y penser? Mieux vaut penser à autre chose, se changer les idées! » Or, ce n’est pas du tout le cas. C’est précisément quand nous sommes parfaitement conscients, d’une part, que la mort est inévitable et, d’autre part, que les circonstances qui l’amènent sont imprévisibles – qu’elle peut survenir demain, dans dix jours ou dans vingt ans, qui sait? – que le temps prend une toute autre valeur. I

Dans le Bouddhisme, il y a des pratiques associées à cette pensée de la mort : par exemple, celle de l’ermite qui, dans son ermitage, retourne son bol sur la table tous les soirs. Normalement, au Tibet, ce geste s’impose quand quelqu’un meurt. Il symbolise aussi une attitude, celle qui consiste à reconnaître ne pas savoir qui, de l’aube du lendemain ou de ma mort, viendra en premier… D’ailleurs, un très beau verset de Nagarjuna dit : « Nous devons nous considérer comme extrêmement fortunés lorsque nous inspirons à nouveau après avoir expiré. » Il est vrai que cela donne une valeur inestimable à l’existence.

(à suivre)

Aider à moyen terme les victimes du tremblement de terre de Yushu

Vendredi 23 avril 2010

Lors du récent tremblement de terre qui a affecté la ville de Yushu (Kyerku en tibétain) et ses environs, les moines de notre monastère de Shéchèn, situé à 150 km de là, ont été l’un des premiers contingents de moines qui sont venus aider les autres sauveteurs. Ces moines de Shechen ont notamment réussi à sortir vivante une jeune fille ensevelie sous les décombres.
Notre association humanitaire, Karuna-Shechen, est active dans la région depuis une dizaine d’années. A Yushu même, nous soutenons une clinique chirurgicale qui s’occupe d’un grand nombre de personnes démunies. Les nouvelles d’amis présents sur place, qui demandent encore à être précisées, semblent indiquer que cette clinique ait été presque entièrement détruite.
Dans de telles catastrophes naturelles, deux drames se jouent : il y a tout d’abord la tragédie immédiate, avec un grand nombre de victimes qu’il faut immédiatement secourir. Quelques mois plus tard, vient ensuite l’oubli des médias et des autorités gouvernementales. Pourtant, les besoins restent immenses et se prolongent pendant des mois, voire des années.
A Yushu, le gouvernement chinois est intervenu rapidement, un certain nombre d’O.N.G. étrangères sont à l’œuvre sur place, et un mouvement d’entraide s’est spontanément manifesté de la part des populations environnantes, incluant notamment des communautés monastiques bien organisées. Il nous a semblé donc judicieux de planifier une intervention à moyen terme, lorsque nos collaborateurs se rendront dans la région au mois de juin. Nous identifierons alors quelques projets pour aider ceux qui continueront à faire face a des difficultés qu’ils ne peuvent surmonter par eux-mêmes. Nous envisagerons, entre autres, la possibilité de participer à la reconstruction de la clinique chirurgicale que nous avons soutenue depuis plusieurs années.
Le site de Karuna-Shechen se fera écho, dans le courant de l’été des actions entreprises.

S'affranchir des automatismes de pensée

Samedi 17 avril 2010

Lorsque nous sommes prisonniers d’automatismes mentaux, il faut observer la nature du mécanisme qui nous affecte et reconnaître en nous ce qui n’est pas affecté.
Ce qui nous affecte, c’est un enchaînement de pensées qui sélectionne et isole un aspect de la réalité, ou un événement parmi d’autres, et le magnifie en lui accordant le champ entier de nos pensées. Cet enchaînement va se poursuivre en rajoutant des interprétations et des perceptions de l’objet qui ne correspondent pas à la réalité. Cette distorsion est renforcée par le processus de répétition d’un enchaînement de pensées particulier qui va être joué « en boucle » dans notre esprit et prendre un caractère obsédant, ce qui signifie qu’on se trouve impuissant à l’écarter du champ de nos préoccupations. Que cette obsession soit une attraction ou une répulsion, dans les deux cas elle nous tourmente.

Pour remédier à cela il faut d’abord comprendre ce qui, en nous, n’est pas affecté par l’obsession. Au fond de nous-mêmes, derrière l’écran des pensées, il y a toujours, dans l’exaltation comme dans la dépression, une présence éveillée qui demeure telle qu’elle est, simple et paisible. Généralement, nous n’y prêtons pas attention parce que les images colorées et la fanfare bruyante des constructions mentales monopolisent notre attention.

Cette présence éveillée n’est pas une entité mystérieuse : c’est la nature première de notre esprit, la qualité fondamentale de la conscience qui nous permet de faire l’expérience du monde et de nous-mêmes. Si nous portons notre attention vers elle et nous reposons en elle, nous nous apercevons que le chaos des pensées n’a qu’un caractère « périphérique » qui n’affecte pas vraiment la nature profonde de l’esprit. Nous pouvons alors nous reposer dans cette nature, ce qui agit comme un baume sur nos tourments, calme nos pensées sauvages comme lorsqu’on retire le lait du feu. Placer ainsi les choses dans une perspective plus vaste, redresse les distorsions que nous faisions de la réalité. Le résultat est un regain de paix intérieure.

Jeudi 15 avril 2010

Une science de l'Eveil

Mardi 13 avril 2010

Comment mener mon existence? Comment vivre en société? Que puis-je connaître? Telles sont sans doute les trois questions qui reflètent nos principales préoccupations. Idéalement, la conduite de notre existence devrait nous amener à un sentiment de plénitude qui inspire chaque instant et nous laisse sans regret à l’heure de la mort ; vivre en société autres devrait engendrer le sens de la responsabilité universelle ; la connaissance devrait nous révéler la nature du monde qui nous entoure et celle de notre esprit.

Ces questions ont donné naissance à la science, la philosophie, la politique, l’art, l’action sociale et la spiritualité. Toutefois, une compartimentation artificielle de ces activités ne peut que déboucher sur un dessèchement graduel de l’existence humaine : sans sagesse nourrie d’altruisme, la science et la politique sont des armes à double tranchant, l’éthique est aveugle, l’art futile, les émotions sauvages et la spiritualité illusoire. Sans connaissance, la sagesse s’étiole ; sans éthique, toutes ces activités sont dangereuses, et sans transformation spirituelle elles sont vides de sens.

La différence majeure entre la science et le bouddhisme réside dans leur finalité. Pour le bouddhisme, l’acquisition des connaissances se fait avant tout dans un but thérapeutique. Il s’agit de se libérer de la souffrance dont la cause est une forme particulière de l’ignorance : une conception erronée de la réalité extérieure et du “moi” que nous imaginons être le centre de notre être.

La transformation intérieure qui mène à l’Eveil est d’un tout autre ordre que le travail de recherche philosophique ou l’investigation des sciences descriptives. Le bouddhisme est essentiellement une science de l’Eveil et, de ce point de vue, que la terre soit ronde ou plate ne change rien à l’affaire.

Les signes de succès de la vie contemplative sont nombreux, mais le plus important est que la constatation qu’au bout de quelques mois ou de quelques années, notre égoïsme doit avoir diminué et notre altruisme s’être développé. Si l’attachement, la haine, l’orgueil et la jalousie restent aussi forts qu’avant, on a perdu son temps,

Le regard que porte le bouddhisme sur le monde nous permet d’établir une hiérarchie dans nos buts et nos activités et à prendre notre vie en mains. Son analyse des mécanismes du bonheur et de la souffrance nous montre clairement où mènent l’égoïsme et l’altruisme.

« Aprés moi le déluge »: le pseudo-débat du réchauffement climatique.

Samedi 10 avril 2010

Une enquête extrêmement documentée de Greenpeace* révèle que le groupe des frères Koch, qui valent à eux deux 30 milliards de dollars, a dépensé 44 millions de dollars pour financer des campagnes de désinformation sur le réchauffement climatique et ses causes.

Le magnat américain Steve Forbes déclarait quant à lui sur la chaîne de télévision démagogique FOX TV: « Modifier nos comportements parce que quelque chose va se produire dans cent ans est, je dirais, profondément bizarre, » (le 18 octobre 2009), et le patron des syndicats de la viande aux USA : « Ce qui compte c’est que nous vendions notre viande. Ce qui se passera dans cinquante ans n’est pas notre affaire. » (BBC World Service, le 8 Jan. janvier 2010).
Bref, la devise de l’individualisme triomphant se formule ainsi : « Mes dollars maintenant ; après moi le déluge. »

En France, un ancien ministre s’érige en Sarah Palin de l’Hexagone, qui prête à d’éminents scientifiques des opinions dont ils se défendent et qui s’appuie sur des sources scientifiques peu robustes.

Tout cela procède d’une tendance invétérée à la complaisance paresseuse face à un danger qui ne meurtrit pas notre égoïsme dans le moment présent. Le futur ne fait pas mal, du moins pas encore, alors mieux vaut sans doute se féliciter de l’ignorer, n’est-ce pas?

*http://www.greenpeace.org/raw/content/usa/press-center/reports4/koch-industries-secretly-fund.pdf

La peur de changer

Mardi 06 avril 2010

Nous ressemblons parfois à ces oiseaux qui, ayant longtemps vécu en cage, retournent à celle-ci alors même qu’ils ont la possibilité de s’envoler dans l’espace.

Nous sommes habitués depuis si longtemps à nos imperfections, que nous avons du mal à imaginer ce que serait la vie sans elles : le ciel du changement nous donne le vertige.