Blog / Février 2010

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Mieux vaut aider que blâmer.

Samedi 27 février 2010

Si on blâme quelqu’un c’est qu’on simplifie abusivement une situation complexe. On peut fort bien désapprouver le comportement de quelqu’un. Mais les gens eux-mêmes ne sont ni «exécrables », ni « inutiles » ni « mauvais » . Personne n’est intrinsèquement « ceci » ou « cela » en profondeur, pour la bonne raison que la nature fondamentale de la conscience ne peut être ni « bonne » ni « mauvaise », elle est simplement consciente.

C’est le contenu de l’esprit qui lui donne sa couleur, et ce contenu dépend d’un très grand nombre de facteurs.
La manière dont les gens pensent ou se comportent résulte d’un ensemble de causes et de paramètres qui sont par nature changeants, et qui peuvent être modifiés plus encore grâce à des interventions spécifiques. Les gens simplement ont l’esprit plus ou moins troublé, ou alors sont plus ou moins « malades » dans leur tête. Nous devons donc les appréhender comme des êtres humains qui ont fait d’innombrables expériences, déterminés par d’innombrables circonstances.

Le blâme naît souvent que de l’arrogance et d’un manque de compassion. Un médecin ne blâme pas ses patients, même s’ils nuisent à leur propre santé, mais il s’efforce de trouver les moyens de les guérir, ou de les aider habilement à changer leurs habitudes. Lorsque quelqu’un cause du tort à autrui, il devrait en être empêché à l’aide de moyens proportionnés et appropriés, et devrait être aidé à changer ce comportement néfaste.
Le blâme à l’emporte-pièce d’une personne ou d’un groupe peut conduire au mépris, au dégoût et finalement à la haine.

Aussi, au lieu de graver dans la pierre les jugements que l’on porte sur les autres, nous devrions les considérer –eux et nous aussi- comme une dynamique de flux en mouvement, et toujours dotés d’un véritable potentiel de changement.

Le monde vient juste de célébrer l’anniversaire des 20 ans écoulés depuis la libération de Nelson Mandela. A la question de savoir comment il avait pu devenir l’ami de ses geôliers durant les 27 ans que durèrent sa captivité et particulièrement pendant les dures journées de travaux forcés dans une carrière, il répondit: « En les poussant à donner le meilleur d’eux-mêmes. » Croyait-il que tous les gens étaient fondamentalement bons ? « Indubitablement, répondit-il, à condition que vous soyez capable de susciter la bonté qui est en eux »

Un intéressant sondage sur le thème des valeurs

Dimanche 21 février 2010

En décembre 2009 une équipe du forum économique mondial de Davos en partenariat avec Facebook a réalisé un sondage d’opinion sur les valeurs humaines. 130 000 personnes ont été interrogées, des jeunes pour la plupart (80 % avaient de moins de 30 ans). Les opinions exprimées ne sont pas représentatives de l’opinion publique dans les nations concernées puisque le sondage a été mené sur Internet et que la majorité des participants sont des jeunes; elles n’en donnent pas moins matière à réflexion.

À la question : « pensez-vous qu’il existe des valeurs universelles ? » seulement 54 % des participants ont répondu positivement, les Mexicains arrivant en tête (72 %), tandis que l’opposition la plus forte à ce concept se manifeste en France (37 %), où curieusement on semble remettre en cause l’existence de telles valeurs.

A la question « d’où vous viennent la plupart de vos valeurs personnelles ? » 62 % des personnes interrogées répondent la famille et de l’éducation, 21 % la religion, 11 % l’expérience professionnelle et 6 % de la culture populaire. Là encore, on note des différences significatives entre les pays : seulement 5 % des Mexicains et 6 % des Français disent dériver leurs valeurs de la religion, contre 30 % des Américains du Nord et 39 % des habitants d’Arabie Saoudite.

Pour ce qui est des valeurs considérées comme les plus importantes dans la vie privée et professionnelle, l’honnêteté, l’intégrité et la transparence arrivent en tête (51 %); suivies par le respect des droits, de la dignité et des vues d’autrui (26 %); l’effet des actions sur le bien-être des autres (17 %), et la préservation de l’environnement (seulement 7 %). Concernant ce dernier point, la Turquie vient en tête avec 13 %, tandis que le les États-Unis et l’Arabie Saoudite sont à la traîne avec seulement 4 %.

En revanche, lorsque la question porte sur les valeurs importantes au niveau global politique et économique mondial, le pourcentage en faveur de la préservation de l’environnement remonte (17 % en moyenne), la France et l’Inde venant en tête avec respectivement 27 et 22 %, l’Arabie Saoudite et les États-Unis fermant le rang avec 11 et 13 %.
Finalement, 68 % des sondés pensent que la crise économique actuelle est aussi une crise de l’éthique et des valeurs, le pourcentage est de 60 % pour les Français, population dont un tiers a affirmé croire en l’existence de valeurs universelles.

Quels enseignements peut-on tirer d’un tel sondage ? Il est en effet un peu troublant de constater que la moitié des personnes de moins de 30 ans estime qu’il n’existe pas de valeurs universelles. Que représentent alors l’honnêteté, le sens de la justice, la droiture et l’altruisme ? L’impartialité par exemple serait-elle relative, à géométrie variable ? Il serait évidemment intéressant d’en savoir plus long sur la manière dont les personnes qui ont répondu négativement envisagent les choses.

Revoir un vieil ami

Dimanche 14 février 2010

Une étude, récemment publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America (PNAS), a révélé que la sterne arctique, le plus grand migrateur du monde animal, parcourait 70 000 km par an lors de ses migrations entre le Groenland et l’Antarctique. Compte tenu du fait qu’une sterne arctique peut vivre jusqu’à 34 ans, l’ensemble de ces migrations représente trois fois l’aller-retour entre la terre et la lune. Cette nouvelle me rappela, qu’adolescent, j’étais passionné d’ornithologie et avais bagué quelques oiseaux dont l’un d’entre eux, une fauvette, fut retrouvé en Afrique du Sud.

C’est aussi à cette époque que je connus André Fatras, un amoureux inconditionnel de la nature sauvage et grand photographe animalier. Il venait de descendre la Loire sur un radeau avec sa jeune femme de 18 ans et un gamin de quelques mois, pour finalement s’échouer sur la plage devant la maison de mon oncle, le navigateur solitaire Jacques-Yves Le Toumelin. Nous sommes devenus rapidement de grands amis et c’est André qui m’a appris la photographie lors de fréquents séjours que je fis dans sa campagne de Sologne. André a parcouru le monde de l’Inde aux Galápagos en passant par l’Afrique. Il se fit débarquer sur la banquise au Spitzberg avec, parmi ses provisions, une roue de gruyère de 70 kilos, pour photographier les oies des neiges et autres espèces du Grand Nord. En Antarctique, il photographia son fils Benjamin déguisé en pingouin perdu au milieu d’un million de manchots empereurs.

André fit neuf voyages aux îles Kerguelen. L’histoire récente de ces îles est un bel exemple des dévastations causées par l’homme. La plus grande partie de ces îles a maintenant été envahie par les chats, les rats et les lapins introduits par l’homme, qui s’entre-dévorent après avoir entièrement éliminé la faune locale. Il reste toutefois un petit bout d’île, d’une vingtaine de kilomètres de long, protégé par une élévation enneigée que les prédateurs ne peuvent traverser. C’est là qu’André passa des mois dans une grotte de basalte, avec sa famille (une première dans l’histoire des Kerguelen), photographiant la faune d’origine dans toute sa richesse.

En Décembre dernier, par un beau jour d’hiver enneigé, nous avons eu la joie de nous retrouver--Dédé, Mati, Benjamin, l’ami Yves (photographe, entres autres, de papillons et de champignons) et moi-même, Mama, dit « Moule à gaufre »--dans leur maison de Sologne.

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Echos de Davos-2

Dimanche 07 février 2010

Au Forum Economique Mondial de Davos, sans une session consacrée aux “leçons du passé en vue d’élaborer les valeurs du futur » à laquelle je participais, Jody Williams, qui a reçu le prix Nobel pour avoir milité inlassablement et avec succès pour l’interdiction des mines antipersonnel, expliqua comment elle continuait à interpeller les représentants de l’O.N.U. appliquant leurs procédures longues et bureaucratiques : « vous réfléchissez pendant des heures pour déterminer l’endroit où placer une virgule dans un texte, mais ce dont vous avez besoin c’est tout d’abord de sentir et d’agir comme des êtres humains. Cessez de faire une séparation entre l’être humain que vous êtes et le travail que vous faites. »

Pour illustrer ses propos, Jody et son équipe obligeaient les représentants de l’O.N.U. à Genève voulant se rendre sur le lieu de négociations, à traverser une reconstitution de terrain miné situé aux portes du bâtiment des Nations Unies. Ils réussirent à faire en sorte qu’une forte explosion se produise toutes les vingt minutes pendant la délibération pour rappeler aux négociateurs qu’avec la même fréquence une mine antipersonnel éclatait quelque part dans le monde. Elle a amené des témoins handicapés qui ont réchappé de justesse à l’explosion d’une mine antipersonnel. Elle a redonné aux négociateurs le sens de l’expérience vécue, de la douloureuse réalité et de l’humanité souffrante.

Durant cette session j’ai suggéré qu’un programme « témoins » soit inclus dans les procédures du Forum Economique Mondial. Prenons le cas d’Haïti par exemple, Bill Clinton a lancé un vibrant appel à l’aide. On peut penser que la présence à ses côtés d’un survivant sorti des décombres aurait pu toucher encore plus fortement le cœur des donateurs.  De même lors de discussions sur le changement climatique, la condition des femmes et d’autres questions urgentes, le témoignage d’une personne qui souffre effectivement de ces défis permettrait sûrement de raviver chez les économistes le sens de ce qu’est concrètement l’humanité.

Echos de Davos-1

Mardi 02 février 2010

Pendant le Forum Economique Mondial de Davos qui vient de se tenir et auquel j’ai participé en tant que conférencier, quelques rares voix qui réclamaient plus d’altruisme et un plus grand sens des valeurs m’ont inspiré. Dans la session « Repenser les valeurs dans le monde de l’après-crise », Mohammad Yunus, le lauréat du prix Nobel qui créa le micro-crédit permettant aux pauvres d’échapper par eux-mêmes à la pauvreté, et qui le pratiqua à grande échelle, dit en substance :

“Il n’est pas nécessaire de changer la façon de faire des affaires, il suffit de changer l’objectif poursuivi. Une économie dont le but n’est que la recherche du profit est égoïste. Elle rabaisse l’humanité à une seule dimension, celle de l’argent, ce qui revient à ignorer notre humanité. Et puis il y a l’économie altruiste dont la finalité première est de se mettre au service de la société. C’est ce qu’on appelle une “économie sociale”. La charité peut aider de manière momentanée et ponctuelle, mais n’a pas d’effet continu. L’économie sociale, elle, peut aider durablement la société.

C’est une économie viable et qui peut être aussi profitable qu’une économie égoïste, mais son bénéficiaire direct est la société. Vous pouvez par exemple fonder une entreprise dans le but de créer cent postes de travail ou de fournir de l’eau propre et bon marché à de nombreuses communautés. Voilà les objectifs poursuivis, qui diffèrent de la recherche de profit par amour de l’argent. Vous réussissez à créer ces postes ou à fournir cette eau nécessaire, voilà les indicateurs de votre succès, voilà les données qui constituent votre bilan à la fin de l’année.

Aujourd’hui, l’essentiel de la technologie est mise au service d’entreprises égoïstes. Or cette même technologie pourrait être mise au service d’entreprises altruistes. On pourrait du reste créer une bourse des entreprises sociales qui fonctionnerait comme les autres bourses, ce qui permettrait aux gens d’investir dans l’économie altruiste. L’objectif n’est pas de remplacer ou de concurrencer l’économie traditionnelle, mais de proposer une autre option, afin que l’économie altruiste puisse faire davantage de bien dans le monde.”