Blog / Juillet 2009

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Ne pas s'identifier à sa souffrance

Samedi 25 juillet 2009

Même lorsqu’une souffrance nous tourmente au plus haut point, nous ne sommes pas cette souffrance. Lorsque nous souffrons d’une maladie, nous ne sommes pas cette maladie. Habituellement, nous nous identifions complètement à notre souffrance et ne faisons qu’un avec elle. Pour pouvoir continuer à nous épanouir dans l’existence, il importe de comprendre que la souffrance est une maladie qui, à des degrés divers, nous affecte tous, et surtout que, au plus profond de nous-mêmes, quelque chose n’est pas altéré par les tourments de l’existence. Il faut donc d’une part repérer la souffrance qui nous affecte, et de l’autre prendre conscience de ce qui, en nous, reste inentamé.

Ce qui nous accable, c’est tout un enchaînement de sensations et de pensées qui nous conduit à sélectionner un aspect donné de la réalité et à le laisser occuper tout le champ de nos préoccupations, ce qui a pour effet de lui conférer une importance démesurée.

Pour remédier à cela il faut d’abord parvenir à mieux appréhender ce qui, en nous, n’est pas affecté par la souffrance. Au fond de nous-mêmes, derrière la sensation de douleur, il y a toujours une présence éveillée qui demeure, simple et paisible. Cette présence éveillée n’est pas une entité mystérieuse : c’est la nature première de notre esprit, la qualité fondamentale de la conscience qui nous permet de faire l’expérience du monde et de nous-mêmes. Si nous portons notre attention vers elle et nous reposons en elle, elle agit comme un baume sur nos tourments.  Le résultat est un regain de paix intérieure.

Confronté à de puissantes émotions et sensations, notre esprit se trouve si souvent comme privé de son libre arbitre. Seule une réflexion profonde sur les mécanismes du bonheur et de la souffrance, une nouvelle vision des choses, une meilleure compréhension de la manière donc fonctionne notre esprit, combinées à un entraînement méthodique de l’esprit peuvent progressivement nous aider à le libérer.

Les événements et le comportement des autres échappent dans une large mesure à notre contrôle, mais nous pouvons toujours agir sur la manière dont nous les percevons et dont nous en faisons l’expérience. Or en surmontant nos souffrances personnelles, il y a tant de choses constructives que nous pouvons entreprendre dans la vie, par exemple en nous mettant au service des autres.

Sur la peine de mort

Vendredi 17 juillet 2009

En Décembre 2006, le gouverneur de Floride, Jeb Bush, suspendit temporairement les exécutions capitales des condamnés à mort parce qu’il avait fallu vingt minutes pour que l’un d’entre eux succombe à une injection létale supposée le tuer en quatre minutes. Il affirma qu’il agissait ainsi par souci d’humanité.

Je ne vois aucune humanité dans le fait de tuer quelqu’un en quatre minutes plutôt qu’en vingt minutes. Nous ne pouvons nous poser en justicier lorsque nous tuons quelqu’un.
Gandhi disait que « si nous voulons prendre œil pour œil et dent pour dent, le monde sera bientôt aveugle et édenté ». La loi du talion, toujours en vigueur dans nombre de cultures, reflète elle aussi un manque d’humanité.

Punir la mort par la mort est un acte de vengeance. Il n’est pas besoin de tuer quelqu’un pour l’empêcher de continuer à faire du mal. Le mettre en prison est suffisant. L’Etat, ou la société, s’arroge le droit de prendre une vie comme s’il s’agissait d’un paiement.

Il y a quelques années j’ai entendu à la BBC le père d’une des victimes de l’attentat à la bombe d’Oklahoma City dire : « Je n’ai pas besoin d’une mort de plus ». En mettant à mort un meurtrier, nous ne faisons pas triompher la justice, nous ne témoignons pas de notre respect pour les victimes et leurs familles, nous ne faisons que multiplier les morts.
Des études psychologiques approfondies ont du reste montré que le chagrin et le deuil des parents des victimes trouvait un apaisement plus profond et durable dans le pardon que dans la satisfaction d’assister à l’exécution d’un criminel.

Des études comparatives menées dans des états qui appliquent la peine capitale et d’autres qui y renoncent montrent systématiquement l’absence d’effet véritablement dissuasif de la peine de mort qui n’a aucune répercussion positive sur le taux de criminalité.

Aussi la peine de mort n’est-elle autre que la loi du talion revêtue de la toge de la justice. Comme l’a dit Arianna Ballotta, la présidente de La Coalition italienne pour l’Abolition de la Peine de Mort : « En tant que société, nous ne pouvons tuer en vue de montrer que tuer est un mal ».

Selon le rapport d’Amnesty International, les cinq pays qui ont procédé au plus grand nombre d’exécutions en 2008, ont été la Chine (au moins 1718, probablement beaucoup plus), l’Iran, l’Arabie saoudite, le Pakistan et les États-Unis d’Amérique. Ensemble, ces cinq pays on procédé à 93% de toutes les exécutions et offrent le plus grand défi en vue d’une abolition mondiale de la peine de mort.

Vendredi 10 juillet 2009

Vendredi 10 juillet 2009

L’optimisme éclairé (deuxiéme partie)

Jeudi 09 juillet 2009

En entendant une porte grincer, l’optimiste pense qu’elle s’ouvre et le pessimiste qu’elle se ferme.

Les psychologues ont longtemps cru que les personnes légèrement dépressives étaient les plus « réalistes ». Les optimistes en effet ont tendance à se rappeler plus souvent les événements plaisants que les situations douloureuses et à surestimer leurs performances passées et leur maîtrise des choses.

Pourtant, des travaux récents ont montré qu’il ne faut pas se contenter de prendre en considération l’évaluation objective, distanciée et méfiante de la réalité à laquelle se livrent les pessimistes. Lorsqu’il ne s’agit pas seulement de tests qui ressemblent à des jeux, mais de situations de la vie quotidienne, les optimistes sont en fait plus réalistes et pragmatiques que les pessimistes. Si l’on présente par exemple à des consommatrices de café un rapport sur l’augmentation du risque de cancer du sein causé par la caféine, une semaine plus tard, les optimistes se souviennent mieux des détails de ces rapports que les pessimistes et en tiennent plus compte dans leur conduite. De plus, ils se concentrent attentivement et sélectivement sur les risques qui les concernent vraiment, au lieu de s’inquiéter inutilement et inefficacement de tout. Ainsi ils restent plus sereins que les pessimistes et réservent leur énergie pour de vrais dangers.

Par ailleurs, si l’on apprend à ces personnes déprimées à remédier spécifiquement au pessimisme en transformant leur vision des choses, elles sont moins sujettes à des rechutes dépressives. Il y a des raisons précises à cela. Les psychologues décrivent en effet le pessimisme comme un mode d’explication du monde qui engendre une impuissance acquise.

Même si l’optimiste rêve un peu quand il envisage le futur (en se disant que cela finira bien par s’arranger, alors que ce n’est pas toujours le cas), son attitude est plus féconde, car avec l’espoir de réaliser cent projets, suivi d’une action diligente, l’optimiste finira par en réaliser un grand nombre. À l’opposé, en espérant n’en réaliser que dix, le pessimiste réalisera encore moins, car il va consacrer peu d’énergie à une tâche qu’il estime compromise d’avance.

L’espoir est la conviction que l’on peut trouver les moyens d’accomplir ses buts et développer la motivation nécessaire à leur accomplissement. L’optimiste ne renonce pas rapidement : fort de l’espoir qu’il va réussir, il persévère et réussit plus souvent que le pessimiste, surtout dans des circonstances adverses.

Repartir de zéro (au lieu de terminer à zéro), comprendre qu’il est essentiel de faire des efforts soutenus dans la direction qui semble la meilleure (au lieu d’être paralysé par l’indécision et le fatalisme), utiliser chaque moment présent pour progresser, apprécier, agir, jouir de la paix intérieure (au lieu de perdre son temps à ruminer le passé et à redouter l’avenir)

Comme l’écrivait Hetty Hillesum : “Quand on a une vie intérieure, peu importe, sans doute, de quel côté des grilles du camp on se trouve [...] J’ai déjà subi mille morts dans mille camps de concentration. Tout m’est connu. Aucune information nouvelle ne m’angoisse plus. D’une façon ou d’une autre je sais déjà tout. Et pourtant, je trouve cette vie belle et riche de sens. A chaque instant.”

L’optimisme éclairé (premiére partie)

Samedi 04 juillet 2009

L’optimisme éclairé engendre une attitude ouverte, créatrice et libératrice qui permet d’embrasser spontanément l’univers et les êtres au lieu de se retrancher derrière le sentiment de l’importance de soi.

Il y a de nombreuses façons de faire l’expérience du monde. Voir la vie en or, c’est essentiellement se rendre compte que tous les êtres, y compris nous-même, ont en eux un extraordinaire potentiel de transformation intérieure et d’action. C’est aborder le monde et les êtres avec confiance, ouverture et altruisme. Mais cela ne signifie pas qu’il faille se voiler la face devant la réalité et déclarer avec une naïveté béate que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Le juste équilibre consiste à allier une puissante détermination et une parfaire disponibilité à venir en aide aux êtres à une vision vaste, qui ne perd jamais de vue ce potentiel de transformation même lorsque la souffrance semble omniprésente. Cela nous évite de tomber dans l’autre extrême, lequel consiste à voir la vie en gris et penser qu’elle est vouée à l’échec et au malheur, qu’on ne peut rien en faire de bon, pas plus qu’on ne peut sculpter un morceau de bois pourri.

Comme l’écrivait Alain : « Quelle chose merveilleuse serait la société des hommes, si chacun mettait de son bois au feu, au lieu de pleurer sur des cendres 10 ! »

Mais il y a une dimension encore plus fondamentale de l’optimisme, celle de la réalisation du potentiel de transformation que nous avons souvent mentionné et qui se trouve en chaque être humain, quelle que soit sa condition. C’est finalement cela qui donne un sens à la vie humaine. L’ultime pessimisme revient à penser que la vie dans son ensemble ne vaut pas la peine d’être vécue. L’ultime optimisme, à comprendre que chaque instant qui s’écoule est un trésor, dans la joie comme dans l’adversité. Ce ne sont pas là de simples nuances, mais une différence fondamentale dans la façon de voir les choses. Un tel écart de perspectives est lié au fait d’avoir ou non trouvé en soi cette plénitude qui est seule apte à nourrir une paix intérieure et une sérénité de tous les instants.

Ce n’est donc pas l’énormité de la tâche qui importe, mais la magnitude de notre courage.