Blog / Mai 2009

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Les moines volants

Dimanche 31 mai 2009

image Cette image de sept moines tibétains et bhoutanais sautant devant l’océan, fut prise en 1997 par un clair matin d’hiver. C’était en France, à Dieppe, lors d’une tournée européenne des moines du monastère de Shechen qui présentaient leurs danses sacrées.

Contrairement aux apparences, cette image n’a été modifiée en aucune façon, elle ne résulte ni d’une exposition multiple ni d’un montage. Ces sept moines ont effectué un saut à trois reprises, et j’ai fait trois clichés avec un FM2 Nikon. Sur l’un d’entre eux on a l’impression qu’un seul moine saute à pieds joints, traverse les airs et atterrit quelque sept mètres plus loin. Or le mouvement n’est pas décomposé par une succession d’instantanés photographiques à la manière d’Etienne-Jules Marey ou d’Eadweard Muybridge, mais par le décalage temporel entre les postures des différents moines.

Les moines étaient en fait en train de répéter un mouvement d’une danse sacrée appelée pacham ("danse des héros” en tibétain). Durant cette danse traditionnelle, qui est normalement accomplie dans la cour d’un monastère lors d’un festival annuel, les moines sautent à plusieurs reprises en touchant leur front de leurs pieds, ce qui bien sûr requiert un bon entraînement!

On comprendra mieux ce mouvement à l’aide des autres images de cette même danse.

Cette danse acrobatique et virevoltante est inspirée d’une vision qu’eut le grand maître bhoutanais Péma Lingpa au XVe siècle (pour plus de détails sur cette dance, voir “Bhutan: terre de sérénité”, Editions La Martiniére)
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Le bouddhisme est-il une religion ?

Vendredi 29 mai 2009

C’est une question fréquemment posée au Dalaï-lama qui y répond souvent avec humour : “Pauvre bouddhisme ! Voilà qu’il est rejeté par les religieux qui disent que c’est une philosophie athée, une science de l’esprit, et par les philosophes qui le rattachent aux religions. Le bouddhisme n’a donc nulle part droit de cité. “Mais”, ajoute Le Dalaï-lama, “c’est peut-être là un avantage qui lui permet de jeter un pont entre religions et philosophies.”
En essence, nous pourrions dire que le bouddhisme est un chemin de transformation vers l’Eveil, une science contemplative, et une profonde tradition philosophique dont émane une sagesse applicable à tous les instants de l’existence et dans toutes les circonstances.

Le troisième pôle

Mercredi 20 mai 2009

Des climatologues chinois ont présenté les glaciers de l’Himalaya et les autres principales montagnes du plateau tibétain comme le troisième des pôles de notre planète malade. Le problème est que ce pôle fond trois à quatre fois plus vite que les pôles Nord et Sud. On dénombre 40 000 glaciers de diverses tailles sur le plateau tibétain. Tous fondent rapidement. Au réchauffement général qui affecte l’ensemble de la planète s’ajoute le phénomène de la pollution qui, se déposant sur la neige, fonce la couleur des glaciers, si bien qu’ils absorbent davantage la lumière, ce qui accélère le processus de fonte.

Au Bhoutan, des investigations récentes ont établi qu’à Lunana une barrière naturelle constituée par des moraines séparant deux lacs glaciaires avait aujourd’hui une épaisseur de 31 m contre 74 m en 2003. Si le mur cède avant que le lac ne soit artificiellement asséché, ce sont quelques 53 millions de mètres cube d’eau qui vont déferler dans la vallée de Punakha et Wangdi, occasionnant d’immenses pertes en vies humaines et d’énormes dégâts. Et pourtant le Bhoutan n’a qu’un seul glaciologue, Kharma Loeb, qui travaille avec des fonds et des moyens technologiques limités.

Au total ce sont maintenant 400 lacs glaciaires qui au Népal et au Bhoutan menacent de briser leur digue naturelle et d’inonder les régions peuplées des vallées en contrebas. Une fois ces inondations passées, et après que la surface des glaciers aura encore diminué, surviendra la sécheresse, puisque les torrents et les rivières cesseront d’être alimentées par la neige fondue.

47% environ de la population mondiale, en Chine, en Inde et dans d’autres pays dépend pour son agriculture, son approvisionnement en eau et donc pour sa survie du bassin hydrographique (Indus, Brahmapoutre, Yangtsé, le Fleuve Jaune, Salouen, Mékong) délimité par le plateau tibétain. Les conséquences de l’assèchement de ces grandes rivières seront désastreuses.

Durant les 6 derniers mois le Népal n’a connu aucune chute de pluie significative. Tout au long de l’hiver, la majestueuse chaîne de l’Himalaya est restée désespérément grise, seules les plus hautes cimes (au-dessus de 6000 m ) conservent une couche neigeuse.

D’autres transformations profondes se produisent sur le plateau tibétain. Le pergélisol (*) dont la présence détermine la contenance en eau et la valeur nutritive du sol et de la flore, est également en train de fondre. Les terres humides jouant le rôle d’éponges qui absorbent l’eau durant l’été et la libèrent en hiver, régulant ainsi le débit des cours d’eau, se réduit. Ces perturbations sont aggravées par la déforestation intensive du plateau tibétain et des versants de l’Himalaya, qui a conduit à la disparition –excepté au Bhoutan- de 40% des forêts durant les 50 dernières années, et par voie de conséquence à des inondations, des glissements de terrain et une désertification de ces régions.

Le sort de la population locale a encore été aggravé par la sédentarisation des nomades tibétains imposée par l’administration chinoise. Dans la province de l’Amdo par exemple (Qinhai), plus de 100000 familles de nomades ont été forcées de se fixer en un lieu.

Mais la connaissance des faits, si largement répandue qu’elle soit, si capitale qu’elle soit pour notre avenir devient inutile si nous lui restons indifférents. Elle paraît trop dérisoire, trop tardive, la douloureuse réponse apportée à la tragédie qui menace. Lorsque la situation sera irréversible, même nos larmes pourraient couler à sec.
(*) Le pergélisol : plus connu sous son nom anglais de permafrost désigne un sous-sol gelé en permanence, au moins deux ans de suite

L'impact des émotions

Samedi 16 mai 2009

La manière la plus simple d’établir des distinctions entre nos émotions consiste à examiner leur motivation (l’attitude mentale et le but fixé) et leurs résultats. Selon le bouddhisme, si une émotion renforce notre paix intérieure et tend au bien d’autrui, elle est positive, ou constructive ; si elle détruit notre sérénité, trouble profondément notre esprit et nuit aux autres, elle est négative, ou perturbatrice. Quant aux conséquences, le seul critère est le bien ou la souffrance que nous engendrons par nos actes, nos paroles et nos pensées. C’est ce qui différencie, par exemple, une « sainte colère » – l’indignation motivée par une injustice dont nous sommes témoins – d’une fureur engendrée par le désir de blesser autrui. La première a libéré des peuples de l’esclavage, de la domination, elle nous pousse à défiler dans les rues et à changer le monde. Elle est destinée à faire cesser l’injustice au plus vite, ou à faire prendre conscience à quelqu’un de l’erreur qu’il commet. La seconde n’engendre que souffrances.

Si la motivation, le but visé et les conséquences sont positifs, on peut utiliser des moyens appropriés, quelle que soit leur apparence. Le mensonge et le vol sont généralement des actes nuisibles et donc à première vue répréhensibles, mais on peut aussi mentir pour sauver la vie d’une personne traquée par un tueur, ou dérober les réserves alimentaires d’un potentat égoïste pour épargner la mort à un village menacé de famine. En revanche, si la motivation est négative et si le but manifeste est de nuire, ou s’il est simplement égoïste, même en recourant à des moyens apparemment respectables, il s’agit d’actes foncièrement négatifs. Le poète tibétain Shabkar disait : « L’homme compatissant est bon, même en colère ; dénué de compassion, il tue avec le sourire. »

L’empathie et la pratique intensive de la compassion

Mardi 05 mai 2009

L’empathie consiste à ressentir ce que d’autres éprouvent et à entrer en résonance avec eux. Lorsque nous rencontrons un être transporté de joie, nous éprouvons nous aussi de la joie. Il en va de même pour la souffrance. Par empathie nous ressentons la souffrance qui accable l’autre. Au plan de l’expérience vécue, ces sentiments empathiques sont semblables à de la joie véritable et à de la souffrance véritable. C’est pourquoi, lorsqu’une personne qui éprouve spontanément de l’empathie est continuellement confrontée aux souffrances d’autrui, elle est constamment affectée par ces souffrances. Nous constatons que ceci arrive aux plus dévouées des personnes travaillant dans les services d’aide et de soin, tels que les professionnels de la santé. L’expérience répétée et profonde qu’elles font de l’empathie les conduit soit à développer le syndrome d’épuisement professionnel (l’incapacité de supporter les sentiments empathiques), soit à fuir les sentiments et les émotions d’autrui.

L’année dernière j’ai participé, ensemble avec la spécialiste des neurosciences Tania Singer, à une étude sur l’empathie et la compassion. Nous avons examiné les phénomènes de « fatigue de l’empathie », largement répandus au sein de la communauté médicale. Comment un professionnel des soins peut-il préserver l’ardeur de son empathie pour autrui tout en gardant intacts le courage et l’optimisme dont il a besoin pour aider ses patients ?

Les méditants participant à l’étude découvrirent qu’un moyen de résoudre ce dilemme consiste à cultiver un amour et une compassion sans réserve pour la personne souffrante. Il s’agit là de bien plus que de simplement entrer en résonance avec les émotions de la personne qui souffre.
Selon le bouddhisme, l’amour altruiste est une attitude qui consiste à souhaiter que les autres soient heureux et à rechercher les causes véritables du bonheur. Et la compassion est définie comme le désir de mettre fin aux souffrances d’autrui et à leurs causes. Un tel amour altruiste peut imprégner l’esprit au point qu’on peut en venir à ne rien souhaiter de plus que le bien-être de ceux qui souffrent. La compassion n’est rien d’autre que l’amour donné à ceux qui souffrent. Un tel amour compatissant peut neutraliser la détresse et l’impuissance engendrée par l’empathie appliquée seule, et produit des dispositions d’esprit constructives telles que le courage compatissant.

Un entraînement laïc à aimer la bonté et la compassion pourraient donc permettre au personnel soignant de mieux aider les patients souffrants, sans que pour autant il présente ce débilitant syndrome d’épuisement professionnel, qui se développe fréquemment après une exposition prolongée à la seule empathie. Il nous a aussi semblé que même s’il peut y avoir de la « fatigue de l’empathie », il ne saurait y avoir de la « fatigue de la compassion », sachant que la compassion est par essence une disposition d’esprit équilibrée et positive, tandis que l’empathie n’est que le moyen permettant de percevoir sans erreur la disposition d’esprit des autres. Plus on cultive la compassion et l’amour de la bonté, plus on progresse sur la voie du bien-être authentique, et on devient pleinement disponible pour autrui.