Blog / Mars 2009

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L'illusion de l'ego

Mardi 31 mars 2009

Dés ma première rencontre avec des sages de la tradition du Bouddhisme tibétain, j’ai été frappé par le fait qu’ils manifestaient d’une part une grande force intérieure, une bienveillance sans faille et une sagesse à toute épreuve, et d’autre part une complète absence du sentiment de l’importance de soi. J’ai moi-même observé à quel point l’identification à un « moi » qui siégerait au cœur de mon être est une source de vulnérabilité constante, et que la liberté intérieure qui naît d’un amenuisement de cette identification est une source de plénitude et de confiance sans égale.

Comprendre la nature de l’ego et son mode de fonctionnement est donc d’une importance vitale si l’on souhaite se libérer des causes intérieures du mal-être et de la souffrance. L’idée de se dégager de l’emprise de l’ego peut nous laisser perplexe, sans doute parce que nous touchons à ce que nous croyons être notre identité fondamentale.

Nous imaginons qu’au plus profond de nous-mêmes siège une entité durable qui confère une identité et une continuité à notre personne. Cela nous semble si évident que nous ne jugeons pas nécessaire d’examiner plus attentivement cette intuition. Pourtant, dès que l’on analyse sérieusement la nature du « moi », l’on s’aperçoit qu’il est impossible d’identifier une entité distincte qui puisse y correspondre. En fin de compte, il s’avère que l’ego n’est qu’un concept que nous associons au continuum d’expériences qu’est notre conscience.  (à suivre)

La peur de changer

Dimanche 29 mars 2009

Nous ressemblons à ces oiseaux qui, ayant longtemps vécu en cage, retournent à celle-ci alors même qu’ils ont la possibilité de s’envoler dans l’espace.
Nous sommes habitués depuis si longtemps à nos imperfections, que nous avons du mal à imaginer ce que serait la vie sans elles : le ciel du changement nous donne le vertige.

Éloge de la simplicité

Vendredi 27 mars 2009

« Simplifiez, simplifiez, simplifiez… » Ces paroles rafraichissantes du moraliste américain Henry Thoreau nous rappellent qu’une grande partie de nos tourments provient des complications inutiles et perturbatrices que nous ne cessons de fabriquer. Ces constructions mentales se surimposent à la réalité, la déforment, et conduisent à des états mentaux et des comportements qui minent notre paix intérieure et celles des autres. Combien d’entreprises humaines et de nobles causes ont-elles échoué à cause des ces complications inextricables !

Simplifier nos pensées, nos paroles et nos actes, nous évite de sombrer dans la rumination mentale, le bavardage inutile et les vaines activités qui dévorent notre temps précieux et conduisent à une succession de situations dysfonctionnelles.

Avoir l’esprit simple n’est pas être simple d’esprit. La simplicité s’accompagne de lucidité, de liberté intérieure, de force d’âme et d’un contentement de bon aloi qui résiste avec légèreté aux aléas de l’existence. La transparence de la simplicité permet de contempler la nature de l’esprit derrière le voile des pensées sauvages. Elle réduit le sentiment exacerbé de l’importance de soi et ouvre notre cœur à l’altruisme éclairé.

Traduire les paroles du Bouddha

Jeudi 26 mars 2009

Une conférence qui fera date vient juste d’avoir lieu du 16 au 20 mars au Deer Parc (Parc des Daims) de Bir, situé dans le beau piémont himalayen de l’Himachal Pradesh en Inde. Cette conférence, organisée par la Khyentse Foundation, a rassemblé pendant cinq jours, marqués par des débats intenses et constructifs, une cinquantaine de traducteurs et érudits du bouddhisme tibétain ainsi que des chercheurs renommés qui ont consacré leur vie à l’étude et à la traduction des versions pali et chinoises du canon bouddhiste. Cette conférence, placée sous l’égide de Dzongsar Khyentsé Rinpotché et d’autres maîtres des quatre écoles du bouddhisme tibétain et marquée par un vif esprit d’engagement et de coopération, a défini un programme visionnaire de traductions qui se déroulera sur un siècle : il s’agit en effet de traduire l’héritage littéraire bouddhiste et de le rendre universellement accessible. Des objectifs pour les cinq et vingt-cinq prochaines années ont également été décidés ; ils incluent la traduction du Tripitaka tibétain (Kangyur, Tangyur et autres sources canoniques) ainsi que de nombreux volumes écrits par des maîtres tibétains. 

L’idée de rassembler toutes les ressources disponibles (textes originaux, traductions existantes, dictionnaires, glossaires, etc.) et de les rendre accessibles a tous sans restriction d’accès a été unanimement soutenue. Lors de cette conférence, des messages de soutien et d’encouragement ont été reçus du monde entier. 

A la fin de la conférence, les maîtres, les traducteurs et les chercheurs ont été reçus par Sa Sainteté le Dalaï Lama qui leur a prodigué ses conseils et a souligné le besoin de traduire en priorité les commentaires composés par les dix-sept grands pandits indiens de la tradition de Nalanda, afin de fournir la base indispensable pour comprendre les paroles du Bouddha qui sont rassemblées dans le Kangyur.

L’avenir ne fait pas mal.... pour le moment !

Mercredi 11 mars 2009

Ainsi que Sa Sainteté le Dalaï Lama l’a souligné à maintes reprises, l’interdépendance est une notion essentielle du bouddhisme qui débouche sur une profonde compréhension de la nature de la réalité et sur une prise de conscience de la responsabilité universelle que nous partageons tous. Si l’on considère que tous les êtres sont étroitement liés et que, tous sans exception, veulent éviter la souffrance et aspirent au bonheur, cette compréhension constitue la base de l’altruisme et de la compassion et nous conduit naturellement à la pratique de la non-violence envers tous les êtres humains et les animaux ainsi qu’au respect de l’environnement.

Le consumérisme effréné est fondé sur le principe selon lequel les gens ne sont que des instruments que l’on utilise et que l’environnement est une denrée comme une autre. Une telle attitude nourrit le mécontentement, l’égoïsme et le mépris.

La grande majorité des Tibétains n’a jamais entendu parler du réchauffement climatique ; ils savent tous néanmoins que la glace est désormais moins épaisse qu’autrefois et que les températures hivernales sont en hausse. Dans les différentes parties du monde où l’accès à l’information est libre et facile, la plupart d’entre nous sont conscients des dangers imminents suscités par le réchauffement climatique et par l’absence de mesures suffisantes entreprises par les autorités politiques pour y remédier. Même le Rapport Stern traitant des conséquences économiques du changement climatique, qui est une mise en garde sur l’impact catastrophique du réchauffement climatique sur l’économie mondiale, n’a eu que peu d’effet sur les décideurs. Pourtant les preuves sont écrasantes.

Les Européens ont mis en œuvre leurs programmes d’énergies renouvelables ; cependant dans les grands pays asiatiques les changements ont à peine commencé et nécessiteront un bouleversement radical des politiques économiques ainsi que des investissements financiers considérables. Il est difficile d’escompter que des pauvres chauffeurs népalais cessent d’utiliser leurs vieux camions dont les pots d’échappement émettent des nuages de fumée noire et toxique. S’ils le faisaient, ils ne pourraient plus subvenir à leurs besoins. Qui donnera des voitures électriques et des fours solaires efficaces gratuits à toutes ces populations ? Comment pouvons-nous offrir du biogaz à un milliard d’Indiens ?

Afin de faire étalage de ses avancées technologiques, le gouvernement chinois développe une île « hyper-écologique » où il n’y aura pas la moindre émission de carbone. Toutefois, ce même gouvernement suit une politique opposée dans le reste du pays en produisant par exemple d’innombrables 4x4, en polluant l’atmosphère et les fleuves sur une échelle telle que cela provoque des émeutes dans les villes où les émanations toxiques et les eaux polluées mettent la vie des gens en danger.

Dans les années à venir investiront sans doute des sommes importantes dans les énergies renouvelables. De ce fait, ces formes d’énergie deviendront moins coûteuses. Boone Pickens, un milliardaire du pétrole représente un exemple typique. Il a investi des milliards de dollars dans l’énergie éolienne. Est-ce qu’il l’a fait pour gagner plus d’argent ? « Bien sûr, répond-il, le monde du pétrole est devenu complètement fou. Les énergies renouvelables sont non seulement crédibles, mais elles permettent en outre de gagner de l’argent. » Même du point de vue d’un industriel du pétrole pur et dur de Houston, cette forme d’énergie est justifiée. Ces gros financiers peuvent avoir un énorme impact sur les attitudes des milieux d’affaires dans d’autres domaines.

Les gens réagissent vivement face à un danger immédiat, toutefois il leur est difficile de se sentir impliqués émotionnellement par un problème qui se produira dans dix ans ou vingt ans. Ils se sentent rarement motivés pour changer leur attitude à l’égard d’une situation qui les affectera dans le futur ou qui concernera la prochaine génération. Ils se disent : « On verra bien quand ça arrivera. » Ils répugnent à l’idée de se priver de plaisirs immédiats pour la seule raison que ces satisfactions auront des effets désastreux à long terme. Leurs actions sont motivées par le fait d’éviter toute contrainte, maintenant. L’avenir ne fait pas mal.... dans l’immédiat !