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Liberté intérieure -1

Lundi 26 juillet 2010

Être libre, c’est être maître de soi-même. Pour beaucoup de gens, une telle maîtrise concerne la liberté d’action, de mouvement et d’opinion, l’occasion de réaliser les buts qu’on s’est fixés. Ce faisant, on situe principalement la liberté à l’extérieur de soi, sans prendre conscience de la tyrannie des pensées. De fait, une conception répandue en Occident consiste à penser qu’être libre revient à pouvoir faire tout ce qui nous passe par la tête et traduire en actes le moindre de nos caprices. Étrange conception, puisque nous devenons ainsi le jouet des pensées qui agitent notre esprit, comme les vents courbent dans toutes les directions les herbes au sommet d’un col.

« Pour moi, le bonheur serait de faire tout ce que je veux sans que personne m’interdise quoi que ce soit », déclarait une jeune Anglaise interrogée par la BBC. La liberté anarchique, qui a pour seul but l’accomplissement immédiat des désirs, apportera-t-elle le bonheur ? On peut en douter. La spontanéité est une qualité précieuse à condition de ne pas la confondre avec l’agitation mentale. Si nous lâchons dans notre esprit la meute du désir, de la jalousie, de l’orgueil ou du ressentiment, elle aura tôt fait de s’approprier les lieux et de nous imposer un univers carcéral en expansion continue. Les prisons s’additionnent et se juxtaposent, oblitérant toute joie de vivre. En revanche, un seul espace de liberté intérieure suffit pour embrasser la dimension tout entière de l’esprit. Un espace vaste, lucide et serein, qui dissout tout tourment et nourrit toute paix.

La liberté intérieure, c’est d’abord l’affranchissement de la dictature du « moi » et du « mien », de l’« être » asservi et de l’« avoir » envahissant, de cet ego qui entre en conflit avec ce qui lui déplaît et tente désespérément de s’approprier ce qu’il convoite. Savoir trouver l’essentiel et ne plus s’inquiéter de l’accessoire entraîne un profond sentiment de contentement sur lequel les fantaisies du moi n’ont aucune prise. « Celui qui éprouve un tel contentement, dit le proverbe tibétain, tient un trésor au creux de sa main. »

Être libre revient donc à s’émanciper de la contrainte des afflictions qui dominent l’esprit et l’obscurcissent. C’est prendre sa vie en main, au lieu de l’abandonner aux tendances forgées par l’habitude et à la confusion mentale. Ce n’est pas lâcher la barre, laisser les voiles flotter au vent et le bateau partir à la dérive, mais barrer en mettant le cap vers la destination choisie.

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Mardi 20 juillet 2010

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Samedi 17 juillet 2010

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Mardi 13 juillet 2010

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Vendredi 09 juillet 2010

imageCanon Mark III Ds, 100-400mmimageCanon Mark III Ds, 12-24mm (Sigma)imageCanon Mark III Ds, 24-70mm

Sur le goût de la nouveauté

Mardi 06 juillet 2010

Avoir toujours soif de nouveauté conduit souvent à se priver des vérités les plus essentielles. L’antidote de la souffrance, de l’attachement au moi, consiste à aller à la source des pensées et à reconnaître la nature ultime de notre esprit. Comment une telle vérité vieillirait-elle ? Quelle nouveauté pourrait “démoder” un enseignement qui met à nu les mécanismes mentaux ? Si nous délaissons cette vérité pour courir après un nombre illimité d’innovations intellectuelles éphémères, nous ne faisons que nous éloigner de notre but.

L’attrait de la nouveauté a un aspect positif, c’est le désir légitime de découvrir des vérités fondamentales, d’explorer les profondeurs de l’esprit, les beautés du monde. Mais dans l’absolu, la nouveauté qui reste toujours “neuve”, c’est la fraîcheur du moment présent, de la conscience claire qui ne revit pas le passé et n’imagine pas le futur.

L’aspect négatif du goût de la nouveauté, c’est la quête vaine et frustrante du changement à tout prix. Bien souvent, la fascination pour le “neuf”, le “différent”, reflète une pauvreté intérieure. Incapables de trouver le bonheur en nous-mêmes, nous le cherchons désespérément à l’extérieur dans des objets, des expériences, des manières de penser ou de se comporter de plus en plus étranges. En bref, on s’éloigne du bonheur ne le cherchant là où il n’est pas. Ce que l’on risque en procédant ainsi, c’est de perdre complètement sa trace. A son niveau le plus banal, la “soif de nouveauté” naît d’un attrait pour le superflu qui ronge l’esprit et nuit à sa sérénité. On multiplie ses besoins au lieu d’apprendre à ne pas en avoir.

Si le Bouddha et nombre de ceux qui l’ont suivi ont vraiment atteint la connaissance ultime, que peut-on espérer de meilleur et de plus “nouveau” que cela ? La nouveauté de la chenille, c’est le papillon. Le but de chaque être, c’est de développer ce potentiel de perfection qu’il a en lui. Pour atteindre ce but, il est nécessaire de bénéficier de l’expérience de ceux qui ont parcouru le chemin. Cette expérience est plus précieuse que l’invention d’une pléthore d’idées nouvelles.

En résumé, je dirai que contrairement à la course à la nouveauté, la vie spirituelle permet de redécouvrir la simplicité, dont nous avons perdu le goût. De simplifier notre existence en évitant de nous torturer pour obtenir ce dont nous n’avons pas besoin, et de simplifier notre esprit en évitant de constamment ressasser le passé et imaginer le futur.

Attitude face à la mort - 7 - suite et fin.

Mercredi 30 juin 2010

(Interview sur Radio Canada)
Question: Avant que nous nous quittions, une dernière question me brûle les lèvres : est-il vrai que, chez certains grands méditants, la décomposition du corps intervient plus lentement que chez la plupart des gens, ou s’agit-il là d’une légende?

Réponse: Ce phénomène peut durer un certain temps, parfois plusieurs jours. C’est une question qui fait l’objet d’un programme de recherche auquel le Dalaï-Lama s’est montré favorable. Il est vrai que des personnes meurent “en méditation”. Quand on les regarde, elles donnent l’impression de ne pas être tout à fait parties. On parle en pareil cas de « méditation post mortem » qui peut durer jusqu’à deux semaines dans certains cas. Lorsque ces personnes cessent leur méditation, la différence est immédiatement perceptible. Brusquement, elles prennent l’allure d’un cadavre, c’est-à-dire que la tête s’effondre et qu’apparaissent de nombreux autres signes. Jusque-là, on a le sentiment qu’elles sont encore présentes. Il n’y a pas de raideur cadavérique, par exemple et souvent aucune odeur de décomposition du corps. Selon de très nombreux témoignages, une zone au niveau du cœur conserve encore un peu de chaleur pendant vingt-quatre et même quarante-huit heures. Un fait qui m’a semblé personnellement exact, en tout cas au toucher, chez deux méditant (dont une femme) que je connaissais bien.

Des scientifiques de l’Université du Wisconsin, à Madison, ont maintenant fourni au Dalaï-Lama un appareil infrarouge capable de mesurer au centième de degré près des différences dans le rayonnement de la température à des endroits spécifiques du corps pour déterminer effectivement s’il s’agit là d’une légende ou d’un fait avéré. À ce propos, le Dalaï-Lama a dit en plaisantant : « Avant, il y avait des grands méditants qui mouraient, mais nous n’avions pas de machine; maintenant, nous avons une machine, mais pas de grands méditants qui meurent! » Avec le temps, nous y parviendrons sans doute et ce sera passionnant.

Ainsi que je le disais à l’instant, j’ai connu au moins deux lamas pour lesquels ceux qui étaient présents dans les jours suivant leur mort ont pu constater ce phénomène de chaleur au niveau du cœur. Mais cela demande à être vérifié bien sur. Selon le bouddhisme tibétain, un certain niveau de conscience subtile associée à leur corps persisterait en eux, même si l’on peut dire qu’ils étaient cliniquement morts : ils ne respiraient plus et n’avaient plus de pulsations cardiaques. Je suis persuadé que, si on leur avait fait un électro-encéphalogramme pour mesurer leur activité cérébrale, le résultat aurait été nul ou presque. Mais il y avait quelque chose qui était encore en transition. En mai, alors que la chaleur est assez intense au Népal, l’un de ces méditants dont le cœur était resté chaud pendant cinq jours n’a pas dégagé la moindre odeur. Pourtant, je me suis souvent trouvé auprès de cadavres en orient et, généralement, au bout de quelques heures, s’il fait chaud, la pestilence du corps qui se décompose est intolérable.

Il est vrai qu’il est difficile de définir la mort clinique, puisqu’il y a eu des cas de réveil de personne maintenue en vie, vingt-quatre heures après que leur électro-encéphalogramme soit devenu plat. Depuis longtemps, la médecine peut aussi relancer des cœurs qui s’arrêtent de battre et les entretenir pendant de longues périodes de temps. Les chercheurs pensaient cependant que si l’électro-encéphalogramme était plat, le sujet était vraiment mort. Les cas mentionnés ci-dessus remettent cela en question. A mesure que se perfectionnent les moyens de maintenir artificiellement en vie des gens qui, autrefois, auraient été déclarés morts depuis longtemps et que dans certains cas ces patients sont revenus à la vie rend de plus en plus épineuse la définition des critères de la mort et il subsiste encore beaucoup de d’interrogations à ce sujet. Le cas de ces méditations “post mortem”, ne fait que rajouter à la complexité du problème.

Attitude face à la mort - 6 - suite.

Mercredi 23 juin 2010

(Interview sur Radio Canada)
Question: Comment la méditation peut-elle préparer à la mort?

Matthieu: C’est précisément en développant notre force d’âme et notre liberté intérieure nous verrons la mort non comme une annihilation, mais comme un passage que nous serons capables d’effectuer avec lucidité et sérénité. Cela reste certainement une épreuve en raison de ce dont on fait l’expérience lorsque les éléments du corps commencent à se dissoudre et le souffle, peu à peu, s’interrompt. Dans de telles circonstances, il faut une grande présence d’esprit et suffisamment de sérénité pour maintenir une pratique spirituelle. La méditation permet d’acquérir cette force qui résulte de toute une vie d’entraînement. Ce n’est pas la veille de mourir qu’il faut se dire : « Bon, maintenant je vais m’occuper de ma vie spirituelle. » Il est un peu tard, au moment de la mort, pour commencer à s’interroger sur la meilleure façon de l’aborder! Si nous écartons la mort du champ de notre conscience, nous nous condamnons à nous retrouver dans un état de choc voir de panique au moment d’aborder la mort, ce qui ne nous permettra pas de franchir ce passage de façon optimale.

Évidemment, nous ne savons pas ce que nous allons devenir ensuite. C’est un passage vers l’inconnu, vers un autre état qui, pour le bouddhisme, s’inscrit dans une continuité qui est déterminée par la résultante des causes précédemment accumulées? Mon devenir sera l’expression de ce que j’ai instillée dans ce flot de conscience. Si mon esprit est rempli de haine, de jalousie, d’obsession, tous ces facteurs réunis pour la conscience fasse l’expérience d’un monde d’intenses souffrances, mais la situation sera très différente si j’ai fait provision d’amour altruiste, de paix intérieure, d’une meilleure connaissance et d’une meilleure compréhension de la réalité. On compare ce processus à une rivière, à un fleuve : si vous déversez maintenant, depuis un pont à Québec ou à Montréal, de la fluorescéine ou des plantes médicinales dans le Saint-Laurent, tout ce qui coule en aval sera teinté; si vous versez du poison, le fleuve sera empoisonné jusqu’à ce qu’un autre facteur intervienne, jusqu’à ce que vous construisiez par exemple un centre de purification de l’eau. Ce qui advient en aval dépend de ce qui est advenu en amont.

Quand on aborde la question du karma, les gens pensent tout de suite : « Ah! C’est mon karma, c’est le destin, je ne peux rien y faire… » Mais ce n’est pas un destin imposé par une entité extérieure à vous. Le karma n’est qu’un aspect particulier de la loi de causalité qui concerne le bonheur et la souffrance. S’interroger sur le karma revient à se demander quelles sont les répercussions, selon la loi de cause à effet, de vos états mentaux, de vos attitudes, de vos motivations, liées à la haine ou à l’amour altruiste – sur vos expériences de vie?

Karma signifie action. Ce n’est qu’un aspect des lois universelles de la causalité. Lorsque ces lois s’appliquent aux mécanismes mentaux et aux effets que ces mécanismes ont sur le bonheur et la souffrance, on parle de karma. Ce n’est donc pas quelque chose qui nous est imposé, à la manière d’un destin inéluctable. Si, une fois que vous avez semé des graines, vous n’intervenez plus, elles vont pousser d’une certaine façon. Laissé à lui-même, ce mécanisme est inéluctable. Toutefois, vous pouvez aussi intervenir et éliminer les graines qui vont donner des plantes toxiques par exemple. Ou, s’il s’agit de mauvaises herbes, vous pouvez les arracher avant qu’elles n’envahissent votre champs. C’est la part du libre arbitre. Les lois de cause à effet sont inéluctables, mais vous pouvez faire intervenir de nouvelles causes et conditions afin de modifier le cours des choses.
Nous sommes le résultat du passé et l’architecte de notre avenir. A présent, nous nous trouvons à la croisée des chemins.

Attitude face à la mort - 5 -, à suivre...

Mercredi 16 juin 2010

(Interview sur Radio Canada)
Selon le bouddhisme, la mort n’est pas semblable à une goutte d’eau qui s’absorbe dans la terre sèche ou à une flamme qui s’éteint. Sa nature se déduit de celle de la conscience. C’est un problème complexe. Beaucoup de religions théistes envisagent une création, ce qui revient à dire que rien, à un moment donné, devient quelque chose. Selon la philosophie bouddhiste, l’idée d’une création ex-nihilo, d’un rien qui devient quelque chose est difficile à accepter. Un raisonnement logique montre qu’il est impossible de transformer le néant en quelque chose, surtout si cela se fait par l’entremise d’une entité qui elle-même est sans cause, ou qui contient toutes les causes. Le bouddhisme adhère à l’idée d’un univers sans début. Certains philosophes occidentaux partagent ce point de vue, tel Bertrand Russel qui a dit qu’un univers sans début ne comporte aucune faute de logique, mais pose simplement un problème d’imagination. Nous sommes naturellement tentés de nous dire : « Bon, quinze milliards d’années, ça va, mais il faut bien que ça commence quelque part. » Nous avons du mal à comprendre qu’il puisse ne pas y avoir de début. Et pourtant c’est la seule explication qui ne soulève pas de difficultés logiques. Somme toute, cela revient à dire en d’autres termes que « rien ne se perd, rien ne se crée ». La matière ne peut pas venir du néant et retourner au néant, il faut qu’il y ait quelque chose, un vide quantique, ou quelle chose d’autre, il faut qu’il y ait un potentiel. A cela s’ajoute selon le bouddhisme la notion particulière d’une conscience qui possède une qualité fondamentale différente de l’inanimé. La matière est un phénomène premier, c’est-à-dire que l’on peut remonter jusqu’aux particules, aux quarks ou aux supercordes, mais une fois que l’on en arrive là, se pose la question de Leibniz : “Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien ?” À moins d’introduire l’idée d’un Créateur, ce que le bouddhisme ne fait pas, force est de constater que le monde des phénomènes est simplement présent.
Le bouddhisme fait le même raisonnement en ce qui concerne la conscience : il estime que nous pouvons étudier la conscience de l’extérieur, nous pouvons décrire l’évolution de la complexité des organismes, qui a entraîné une complexification du système nerveux et ainsi l’émergence de ce que nous appelons la conscience. Mais la définition de la conscience pose un problème à bien des philosophes et neuroscientifiques. En effet, sans une perspective à la première personne – et même si nous pouvons décrire avec la plus grande exactitude l’ensemble des paramètres intervenant dans les processus qui ont lieu dans le cerveau lorsque nous voyons la couleur rouge ou ressentons de l’amour –, nous ne sommes pas plus avancés en ce qui concerne l’expérience subjective de l’amour ou de la perception de la couleur rouge. Nous pouvons certes affiner l’analyse jusque dans les plus infimes détails pour expliquer la conscience en sondant avec une extraordinaire précision ce qui se passe dans les neurones, mais il faudra sans doute attendre une cinquantaine d’années avant de savoir précisément de quoi il retourne. Pour être honnête, il faut rester dans le domaine de l’introspection et de l’expérience directe parce que, sans “expérience”, “conscience” ne veut rien dire. Si nous affinons à l’extrême notre expérience directe du phénomène de conscience, nous n’arriverons pas aux neurones ni au cerveau, parce que nous ne sentons pas notre cerveau. Il est impossible de parvenir par l’instrospection subjective à une perception des phénomènes neuronaux de la même façon que l’on peut voir les particules atomique au niveau de la matière au travers un microscope électronique.
A quoi arrivons-nous? A la conscience pure, qui, tout comme la matière, est un phénomène premier. L’aspect le plus fondamental de la conscience est la faculté cognitive de base qui sous-tend et permet toutes les pensées, les émotions, les souvenirs, l’anticipation de l’avenir, etc.
Chaque instant présent est déterminé par l’instant qui l’a immédiatement précédé. Or deux instants consécutifs, dont l’un est la cause de l’autre, ne peuvent pas être d’une nature totalement différente. Nous ne pouvons imaginer un instant de conscience immédiatement précédé et causé par un instant totalement inconscient, semblable à l’instant inanimé qui correspond à un état particulier de la matière. Le bouddhisme suppose qu’il doit y avoir une continuité de nature entre ces instants infiniment petits qui se succèdent. De même que selon cette philosophie, l’univers est sans début, le continuum de conscience, lui aussi, est sans début ni fin. Il s’agit là de la conclusion d’un raisonnement. Il reste à voir à quoi cela correspond sur le plan pratique. Toutefois, pour le Bouddhisme, la notion de continuum de conscience ne relève pas du dogme, mais correspond à une expérience vécue et à un raisonnement logique qui peut être contesté, voir réfuté. Il a d’ailleurs été longuement débattu au sein même du bouddhisme.
Ainsi s’est élaborée l’idée d’un continuum constitué d’états de conscience qui précèdent l’existence présente et les existences qui suivront. L’association du corps et de ce continuum de conscience n’en serait qu’un épisode. La vaste majorité des chercheurs en neurosciences estiment qu’il est peu plausible que la conscience, quelle que soit sa nature, ne se réduise pas totalement au fonctionnement du cerveau. Toutefois, c’est pour l’instant l’hypothèse qu’ils retiennent, bien que rien ne la confirme. On ne peut pas dire qu’il y ait des preuves solides ni dans un sens ni dans l’autre. Ainsi que le disait Francisco Varela, un grand spécialiste des neurosciences : « Gardons une attitude ouverte à l’égard de tout cela. »

Emerveillement et tristesse

Mercredi 09 juin 2010

Depuis des années les ornithologues étaient intrigués par le fait que les barges rousses (une espèce de limicoles, famille d’oiseaux qui vivent principalement à proximité de l’eau, mais ne peuvent s’y poser, ni plonger pour pêcher) devenaient si grasses avant leur migration hivernale? “Elle ressemblaient à des boules de suif volantes,” commentait le chercheur Robert Gill. Il est vrai qu’elles devaient parcourir l’immense distance séparant l’Alaska, où ce scientifique les observait de la Nouvelle-Zélande et de l’Australie. Toutefois comme mais on supposait qu’elles migraient en grande partie au-dessus des terres, où elles pouvaient se reposer et s’alimenter, le degré extrême de leur suralimentation ne pouvait donc s’expliquer, ce qui rendait les scientifiques perplexes.
Robert Gill se demanda si d’aventure les barges ne restaient pas en vol plus longtemps que l’on ne pensait. Récemment, les chercheurs ont réussi à équiper ces migrateurs d’émetteurs repérables par satellite et suffisamment légers pour ne pas les gêner. En 2006 finalement des techniques modernes ont permis de confirmer l’hypothèse de monsieur Gill. Lui et ses collaborateurs ont pu fixer des émetteurs satellite sur des barges rousses et suivre leur trajectoire.
Quelle n’a pas été leur surprise de constater que les barges battaient tous les records connus de vols sans escale, en parcourant près de 11.360 km en neuf jours, le plus long vol ininterrompu jamais enregistré. On comprend qu’elles aient eu besoin de réserves de graisse! Leur métabolisme doit être multiplié 8 à 10 fois, sachant qu’elles volent jour et nuit à une vitesse de 65 km/h.
“J’étais sans voix” commente le scientifique.
Mais l’émerveillement devant de telles facultés, va de pair avec une tristesse non moins tout aussi grande devant les ravages que nous faisons subir à la nature et au vivant. Les chiffres constituent à eux seuls un réquisitoire accablant. En vrac:

• 90% des poissons ont disparu des océans depuis un siècle.
• Les populations d’abeilles sont décimées depuis quelques années et les répercussions sur la pollinisation des plantes, tant sauvages que cultivées, sont si grandes que certains ont émis l’hypothèse que la disparition des abeilles pourrait, par une succession de réactions en chaîne, entraîner celle des hommes.
• Il y avait un million d’antilopes Saïga, en 1990 au Kazakhstan et dans les régions limitrophes, seulement 82.000 en 2009 et, le mois dernier, 12.000 d’entre elles sont mortes en quelques jours d’une épidémie fulgurante.

Quel gâchis! Tout cela est dû à l’égoïsme chronique des humains qui semblent incapables de faire abstraction de leur intérêt immédiat pour envisager le bien-être général des êtres vivants, qui est aussi le leur.

L’émerveillement devant les beautés de la nature est maintenant d’autant plus poignant qu’il est empreint d’amertume.