Blog / Février 2012

Liste des articles blog par titre:

L’invasion des déchets - 6

Samedi 25 février 2012

(Extrait de la préface de Matthieu Ricard au Livre “Recycle”de Didier Ruef)
L’avenir ne fait pas mal… dans l’immédiat.
Ainsi que Sa Sainteté le Dalaï-lama l’a souligné à maintes reprises, l’interdépendance est une notion essentielle du bouddhisme qui débouche sur une profonde compréhension de la nature de la réalité et sur une prise de conscience de la responsabilité universelle que nous portons tous. Si l’on considère que tous les êtres sont étroitement liés et que, tous sans exception, veulent éviter la souffrance et aspirent au bonheur, cette compréhension constitue la base de l’altruisme et de la compassion et nous conduit naturellement à la pratique de la non-violence envers tous les êtres humains et les animaux ainsi qu’au respect de l’environnement. 
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Les gens réagissent vivement face à un danger immédiat, toutefois il leur est difficile de se sentir impliqués émotionnellement par un problème qui se produira dans dix ans ou vingt ans. Ils sentent rarement la nécessité de changer d’attitude face à une situation qui les affectera dans le futur ou qui concernera la prochaine génération. Ils se disent : « On verra bien quand ça arrivera. » Ils répugnent à l’idée de se priver de plaisirs immédiats pour la seule raison que ces satisfactions auront des effets désastreux à long terme. Leurs actions sont motivées par la volonté d’éviter toute contrainte dans l’immédiat.

Tout cela procède d’une tendance invétérée à l’indifférence face à un danger qui ne menace pas notre égoïsme dans le moment présent. Le futur ne fait pas mal, du moins pas encore. Devons-nous nous féliciter de l’ignorer ou faire appel à la sagesse et à l’altruisme afin d’avoir davantage de considération pour ceux qui souffrent de la prolifération des déchets et ceux qui risquent fort d’en souffrir bien plus encore au cours des générations à venir?

L’invasion des déchets -5

Lundi 20 février 2012

(Extrait de la préface de Matthieu Ricard au Livre “Recycle”de Didier Ruef)
L’égoïsme aveugle
Imaginez un bateau avarié dans lequel il serait nécessaire d’utiliser toute la puissance des machines pour pomper l’eau des cales. Mais les passagers de première classe veulent continuer à utiliser l’air conditionné et autres facilités, et les passagers de deuxième classe ont pour seule préoccupation de se faire surclasser en première. Bientôt, tout le monde coule, après avoir utilisé l’air conditionné pendant quelques heures de plus, au lieu que tous soient sauvés. Sur un bateau normal, un capitaine prend les mesures nécessaires pour empêcher le naufrage. Ici, les passagers insistaient pour être leurs propres chefs.
L’équilibre des forces confrontées aux problèmes d’environnement et aux autres défis pressants de notre époque ressemble à celui de clans se disputant l’usufruit d’un bateau qui coule, d’une forêt en feu et d’une bombe à retardement.
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Un bureau d’études d’ingénieurs anglais annonçait récemment qu’en supposant que tous les ingénieurs en activité dans le monde se consacrent au développement des technologies permettant de produire des sources d’énergie renouvelable, un tel effort ne suffirait pas à ralentir le réchauffement global de la planète.

Ainsi que l’expliquait récemment un député vert anglais sur les ondes de la BBC : « Tout le problème du changement climatique réside dans le fait qu’il est débattu à un niveau intellectuel par des personnes qui vivent dans les villes où tout est artificiel. Ces gens-là ne font pas l’expérience des changements qui se déroulent dans la réalité. Des milliards de gens sont maintenant des citadins coupés des cycles naturels ; ils ne sont donc pas en mesure de se rendre compte par eux-mêmes des processus en jeu. En revanche, si vous discutez avec les membres des communautés qui habitent les forêts pluviales ou avec les populations les plus démunies qui tentent de faire pousser des céréales en Afrique, ils vous diront que le changement climatique est dramatique, qu’il est en train de se produire très vite, et qu’il a de graves implications au niveau de la nature et des moyens d’existence. » On peut en dire autant de la prolifération des déchets.

Les problèmes mondiaux ne peuvent être traités que par des institutions transnationales. Dans un monde global, les chefs d’Etats devraient jouer le rôle de gouverneurs de provinces, qui administrent les affaires locales et déférent à une autorité transnationale le sort de la planète.

(A suivre…)

L’invasion des déchets -4

Mardi 14 février 2012

(Extrait de la préface de Matthieu Ricard au Livre de Didier Rueff, “Recycle”
Le prix élevé des valeurs matérialistes

Un psychologue américain, Tim Kasser, et ses collègues de l’Université de Rochester, ont montré, grâce à des études s’étendant sur une vingtaine d’années, qu’au sein d’un échantillon représentatif de la population, les individus qui concentraient leur vie sur la richesse, l’image, le statut social et autres valeurs matérialistes promues par la société de consommation, sont moins satisfaits de leur vie.

Ils sont plus déprimés et anxieux, sujets aux maux de tête et d’estomac. Ils boivent plus d’alcool et fument davantage de cigarettes. Ils préfèrent la compétition à la coopération, contribuent moins à l’intérêt public (étant principalement centrés sur eux-mêmes), et se préoccupent peu des questions écologiques. Leurs liens sociaux sont affaiblis et ils comptent moins d’amis. Ils manifestent moins d’empathie et de compassion à l’égard de ceux qui souffrent, sont plus manipulateurs et ont tendance à instrumentaliser les autres selon leurs intérêts. Même leur santé est moins bonne que celle du reste de la population.
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Dans notre monde contemporain, nous sommes plus souvent considérés comme des consommateurs que comme des citoyens, ce qui implique des comportements très différents.

Ces études suggèrent que ce sont ceux qui consomment le plus qui seront les plus indifférents à la quantité de déchets qu’ils produisent et aux conséquences de ces déchets sur la qualité de vie des différentes populations et sur l’environnement. Ils seront également moins intéressés par les solutions qui supposent une vision d’ensemble des problèmes posés ainsi qu’un esprit de coopération.

(A suivre…)

L’invasion des déchets -3

Jeudi 09 février 2012

(Extrait de la préface de Matthieu Ricard au Livre « Recycle » de Didier Ruef)
Ainsi que l’écrit Didier Ruef, « Alors que la réutilisation, la valorisation du déchet fait partie du quotidien des sociétés dites en développement, notre société de consommation a transformé le déchet en ordure, en lui ôtant sa valeur économique. »

J’ai moi-même été témoin de cette transformation dans une société qui, il y a 25 ans encore n’avait jamais vu une bouteille de Coca-cola. Lorsque les premières bouteilles en plastique firent leur apparition au Tibet oriental, il n’était pas question de les jeter. La boisson une fois rapidement ingurgitée, le récipient étanche, tout léger qu’il est, était précieusement conservé. Les bouteilles, entières ou débarrassées de leur goulot, servaient de tasse pour boire, de réceptacle pour conserver du lait, de jarre à beurre, de pot pour rassembler des petits objets, de vase pour mettre des fleurs sur l’autel en offrande au Bouddha, de petits abris pour protéger des objets des intempéries, etc. Si d’aventure un voyageur peu soucieux de l’environnement jetait une bouteille de plastique vide sur le bord d’une route, les enfants nomades avaient tôt fait de se saisir de ce précieux butin.
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Vingt-cinq ans plus tard, les bouteilles en plastique ne sont ni rares ni précieuses au Tibet ; elles jonchent les prairies au milieu des fleurs sauvages. Les Tibétains ne leur accordent plus aucune valeur, mais ils n’ont pas encore saisi qu’elles ne sont faites ni d’étoffe, ni de cuir, ni de bois, ni d’aucun autre matériau naturel qui, une fois jeté, aura tôt fait de disparaître, mangé par les animaux, dissous par la pluie ou désagrégé par le temps.
Toutefois, dans l’une des vallées dans laquelle l’association dont je m’occupe a aidé à construire un dispensaire et finance une école, un homme remarquable, un spécialiste de la médecine traditionnelle, un écrivain aussi et un artiste a, une année durant, expliqué aux fermiers et aux nomades que ces déchets joncheraient encore les prairies et les rivières dans un siècle, perturbant la géographie sacrée et nuisant à la santé des êtres vivants. Il a fait disposer un peu partout des containers destinés à recueillir ces ordures jadis inconnues. Une année plus tard, cette vallée était aussi propre qu’un parc suisse.

Les outils nous tout d’abord aidé à survivre, mais leur développement effréné et les déchets qu’ils produisent menacent dorénavant notre survie. Nous sommes maintenant passés d’un monde où l’on produit pour répondre à d’authentiques besoins à une société dans laquelle on s’évertue à “créer” artificiellement des besoins. Ainsi est née la société de consommation.
Comme le souligne Didier Ruef, « il est temps de modifier nos comportements et nos modes de fonctionnement sociaux ».
(A suivre)

L’invasion des déchets -2

Samedi 04 février 2012

(Extrait de la préface de Matthieu Ricard au Livre « Recycle » de Didier Ruef)
Il y a peu de temps, j’ai eu l’occasion de nager au milieu d’une trentaine de requins baleine, au large des côtes du Mexique. Mais dans le faisceau des rayons chatoyants qui illuminait l’océan et les requins qui nous entouraient, flottaient comme de grandes bulles d’eau minérale, des sacs en plastique et des déchets de toutes tailles et, bizarrement, un coupon d’enregistrement de bagage aérien.
Le développement de l’utilisation des outils humains est tel que, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le foisonnement d’objets manufacturés est susceptible d’engendrer des dommages irréversibles à notre écosystème.
En effet, aux avantages recherchés s’adjoignent des effets secondaires de ce développement sur nos conditions de vie et notre environnement naturel. Les objets et les déchets prolifèrent, des réactions en chaîne sont provoquées par certaines substances libérées dans la nature, des modifications de la surface et de l’atmosphère de la planète sont dues à cette dissémination tout comme à ces outils complexes et puissants utilisés aujourd’hui.
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Des débris de plastique qui pullulent dans l’océan (certains planctons contiennent jusqu’à 30% de leur poids en microparticules de plastique, qu’absorberont à leur tour les cétacés), aux retombées radioactives des 469 explosions nucléaires qui ont eu lieu à ciel ouvert au Kazakhstan à l’époque de l’Union soviétique dans le plus grand mépris du sort des populations locales (aujourd’hui encore, le nombre de cancers et de leucémies chez les adultes et les enfants est effrayant et de nombreux enfants monstrueux continuent de naître), les déchets ont maintenant un effet global sur notre existence.
Vingt-cinq ans après la catastrophe chimique de Bhopal en Inde, des dizaines de milliers de survivants souffrent encore des séquelles des pesticides libérés par l’explosion industrielle qui tua plus de 10.000 personnes (dont 3.500 sur le coup) et n’ont reçu que des indemnités de misère de la grande entreprise américaine Union Carbide, qui reste totalement indifférente à la tragédie humaine qu’elle a causée, bien loin de chez elle.
(A suivre…)