Blog / Octobre 2009

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Une agréable conversation sur la créativité

Samedi 24 octobre 2009

Durant le récent Sommet sur la Paix à Vancouver, dont l’invité d’honneur était Sa Sainteté le Dalaï Lama, j’ai eu la chance d’être modérateur dans un dialogue sur la créativité.
Murray Gell-Mann, qui a reçu le prix Nobel de physique pour sa découverte des quarks, expliqua que les mathématiciens et les physiciens cherchaient souvent à formuler et à résoudre un problème donné sans y parvenir. Ils s’arrêtaient alors et renonçaient à toute pensée discursive. C’est souvent lorsqu’ils se trouvaient dans cet état d’esprit non spéculatif que d’une manière très originale et inattendue la solution surgissait tout à coup. Le mathématicien français Henri Poincaré donne dans ses mémoires un exemple célèbre d’un tel processus. Il avait réfléchi pendant des mois à un problème de mathématique. Et un jour alors qu’il participait à une expédition géologique et qu’il descendait les marches d’un autocar, la solution surgit dans son esprit avec la fulguration de l’évidence.
Murray Gell-Mann raconta aussi qu’un jour durant un match de football un joueur prit brusquement la balle dans ses mains et commença à courir. Le rugby était né. La créativité, ajouta-t-il, vient souvent de ce qu’on ne joue pas selon les règles mais avec les règles.

Ensuite Eckhart Tolle, auteur du Pouvoir du moment présent et de Nouvelle terre nous raconta qu’il n’avait pas vu un match de football depuis 20 ans, mais qu’il avait entendu parler d’une étude montrant qu’au moment de tirer un pénalty, sous les yeux de toute une nation, les joueurs qui tiraient immédiatement après le coup de sifflet de l’arbitre, avaient moins de succès que ceux qui marquaient une pause, rassemblaient leurs esprits puis tiraient sans hésiter.  «Ce qui se passe durant ce moment d’attente, c’est que le joueur rentre en lui-même, dit Tolle, c’est une forme élémentaire du processus créatif. C’est un silence profond, intense. »

Mais ensuite Tolle ajouta que si lui, qui n’avait pas à son actif 10 000 heures d’entraînement, ni en mathématiques ni en football, se mettait à attendre la solution d’un problème mathématique, aucune solution surgirait dans son esprit et il raterait à coup sûr son pénalty. Bien que n’exigeant aucun effort, la créativité non conceptuelle n’en requiert pas moins un processus de maturation et d’entraînement mené en profondeur et sur le long terme.

Jouant avec esprit sur cette idée, le célèbre pédagogue Sir Ken Robinson, remarqua qu’il « avait du mal à se défaire de l’image d’un Eckhart Tolle sur un terrain de football, attendant 10 000 avant de tirer un pénalty, pour finalement tire à coté du but,» concluant cet échange au milieu des rires.

Un appel passionné

Mardi 13 octobre 2009

Récemment le Bureau du Dalaï Lama au Canada a organisé à Vancouver un sommet de la paix réunissant le Dalaï Lama et d’autres lauréats du prix Nobel, ainsi que d’autres intervenants. Un soir j’ai entendu cet appel passionné lancé par le chanteur rock et militant humanitaire Bob Geldof, dont les concerts Live Aid ont permis de collecter plusieurs centaines de millions de dollars pour l’Afrique.
« Pour la plupart d’entre nous, ce qu’on peut faire quand on est confronté à la souffrance, c’est de mettre la main à la poche. Si un million de gens parmi nous font ce geste, ça fera beaucoup de monde, ça fera beaucoup d’aide, et les gouvernements devraient en tenir compte. Nous devons préserver la vie de ces enfants afin qu’ils puissent devenir les médecins et les ingénieurs de demain. Sans cela quelque chose s’étiole et meurt en nous.
Parmi ces enfants nombreux sont ceux qui n’ont pas de parents à cause d’erreurs humaines, telles que les guerres. Au cours de ma vie j’ai rencontré des gens extraordinaires comme Mère Thérésa. Elle me dirait qu’elle a vu le calvaire du Christ sur les dos brisés des pauvres. Je ne vois pas ça. Je ne vois pas Dieu. Je vois que la main malfaisante de l’homme. Et s’il en est ainsi, on peut remédier à la situation, parce ce que ce que nous avons fait, nous pouvons le défaire. Nous pouvons dire : «Assez ! ». Tout cela est le syndrome de la pauvreté révélé par le manque d’éducation et la mauvaise santé.
Les besoins à l’échelle mondiale sont minimes. Seule manque la volonté politique d’y répondre. Combien de fois devrons-nous rappeler aux hommes politiques la volonté des citoyens et leur dire :  « PASSEZ A L’ACTE !». Combien de fois devrons-nous former des chorales d’enfants africains et organiser des concerts pop afin de convaincre les êtres humains de s’unir au cœur de leur glorieuse humanité ? Nous sommes quoi, un cirque ou une société ? 
En fait, les besoins véritables ne représentent qu’une part infime des budgets des états. Pour l’Amérique, c’est 0,16% de son économie. Ce n’est pas que les Américains soient égoïstes. Des sondages montrent que lorsqu’on leur demande quel pourcentage du P.I.B., à leur avis, est consacré à l’aide internationale, ils répondent : « 10% ». Et quand on leur demande : «Est-ce suffisant ? », ils répondent « non ». Mais lorsqu’ils apprennent que ce pourcentage n’est en réalité que de 0,16%, ils sont consternés.
La Commission pour l’Afrique a demandé un doublement de l’aide en 2010 qui se devrait se monter à 50 milliards de dollars américains. Il y a trois mois, le gouvernement britannique a donné 75 milliards de livres en l’espace de 30 minutes à une banque privée pour lui éviter de disparaître.
Pourtant un milliard de personnes risque de disparaître, et le prix à payer pour éviter cela est inférieur aux fonds de secours accordé à une seule banque privée britannique, au sein d’un système économique qui s’élèvent à 50 trillions par an. Et une des économies les plus riches du globe ne peut trouver une partie de cette somme. Nous sommes vraiment des bouffons.
Quand nous trahissons la promesse que nous avons faite à ceux qui sont démunis nous trahissons une promesse sacrée, car trahir cette promesse, c’est tuer.

Une conversation dans la montagne

Jeudi 08 octobre 2009

Je marchais dans la montagne avec un ami âgé de 81 ans qui est un fringant marcheur. Au bout d’une heure nous parvenons à un col de 3000 m d’où nous découvrons un paysage grandiose qui s’étend sur plusieurs kilomètres devant nos yeux émerveillés.
Comme nous étions assis sur une grande souche, contemplant cette scène magnifique, il me demanda :
--Que veut dire le bouddhisme lorsqu’il affirme que tout ceci est vacuité?
--Cela ne signifie pas que ce paysage est inexistant--cela n’aurait guére de sens--mais qu’il vide d’existence propre, indépendante et permanente.
--Et qu’est-ce que la sagesse?
--C’est de comprendre cette nature.
--Quelle est alors la différence entre la vacuité et la sagesse?
--La vacuité est la véritable nature des phénomènes, que vous l’ayez ou non reconnue pour telle. Maintenant si vous la reconnaissez pour telle, c’est de la sagesse, si vous ne la reconnaissez pas, c’est de l’égarement.
L’air enjoué, il ajouta: « tu vois, je suis bien impatient d’en apprendre davantage au sujet de toutes ces choses, car il me reste peu de temps »
Ensuite nous rebroussâmes chemin à travers la forêt, en poursuivant notre conversation.

Une révolution intérieure

Vendredi 02 octobre 2009

Propos du Dalaï-lama, la veille d’une conférence publique qu’il donnera à Montreal sur le thème: ’Éducation du cœur: la puissance de la compassion

« La révolution intérieure que je préconise n’est pas une révolution religieuse… J’en suis arrivé à la conclusion qu’il n’importait guère qu’un être soit croyant ou non : il est plus important qu’il soit bon.

Qu’ils nous viennent du dehors, comme les guerres, la violence et le crime, ou qu’ils se manifestent au-dedans de nous sous forme de souffrances psychologiques et affectives, nos problèmes resteront sans solution aussi longtemps que nous continuerons d’ignorer notre dimension intérieure. C’est cette ignorance qui explique qu’aucun des grands idéaux mis en œuvre depuis plus de cent ans - démocratie, libéralisme, socialisme - n’ait réussi à apporter les avantages universels qu’ils étaient censés procurer. A n’en pas douter, une révolution s’impose. Mais pas une révolution politique, économique ou même technique. Ce siècle en a connu assez pour que nous sachions désormais qu’une approche purement extérieure, aussi utile soit-elle, ne saurait suffire. Ce que je propose est une révolution intérieure. »