Blog / Août 2009

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Adaptation: résignation ou liberté?

Dimanche 30 août 2009

Dernièrement, dans une conversation avec des penseurs nord-américains, j’ai dit que l’entraînement de l’esprit par la méditation pouvait permettre à des individus de modifier leur perception de situations pénibles et les aider à développer des facultés utiles pour mieux affronter les hauts et les bas de l’existence.
On me répondit avec vigueur que préconiser une telle adaptation était très dangereux. Cela reviendrait à dire aux esclaves peinant dans les galères et aux autres opprimés que la seule chose à faire est de méditer pour apprendre à se satisfaire de son sort plutôt que de réclamer la justice et la fin de l’oppression. Cela encouragerait toute personne exploitée par d’autres à développer une attitude de résignation passive. Cela ne serait pas acceptable.
Manifestement il y avait un malentendu important entre nous.
Développer la capacité intérieure de faire face avec force, confiance et une certaine dose de sérénité aux circonstances de la vie, qu’elles soient heureuses ou malheureuses, est un immense atout. En aucun cas cela n’est synonyme de résignation impuissante ou d’injustice tolérée. Il s’agit avant tout d’éviter de devenir deux fois esclave : esclave des autres et esclave de son propre esprit.
Il est vital que tout en faisant tout ce qui est concevable pour vaincre l’iniquité, l’oppression et la négligence, et s’efforcer d’accéder à une liberté extérieure, on parvienne aussi intérieurement à se libérer d’états mentaux douloureux. La force intérieure, en tant qu’elle est l’opposé de la vulnérabilité, est le meilleur moyen de développer une détermination sans faille à changer les circonstances extérieures, chaque fois que c’est possible.
Quelqu’un qui est continuellement à la merci de son propre esprit peut aisément être dépassé par des difficultés qui sont internes et externes à la fois. Quelle que soit la nature des circonstances extérieures, c’est l’esprit qui traduit ces circonstances en bonheur ou malheur. Eviter d’être anéanti par des événements néfastes n’est pas se résigner. Comme le disent souvent le Dalai Lama et d’autres maîtres bouddhistes : «Face à une situation difficile, si quelque chose peut être entrepris, il n’y a pas de raison de s’inquiéter. Si rien ne peut l’être, il n’est pas utile de s’inquiéter ».
Bien comprise, cette attitude n’encourage personne à cultiver la passivité ; elle évite simplement de souffrir deux fois plus.

Rencontre dans l’avion

Mardi 25 août 2009

Dernièrement, dans un vol international alors que le repas venait d’être servi, mon voisin, un jeune américain du Midwest, me demanda avec une pointe d’étonnement :
-- Etes-vous végétarien ?
-- Oui.
-- Pensez-vous que la viande est quelque chose d’impur ?
-- Pas du tout, mais je ne veux pas causer de mal en mangeant.
-- Mais tous les animaux se mangent les uns les autres. C’est la nature.
-- C’est possible, mais moi je ne les mange pas.
-- Si un de ces animaux était là, il pourrait vous manger !
-- Certainement, mais d’après moi ce n’est une raison suffisante pour que moi je le mange. Comme le disait George Bernard Shaw, « Les animaux sont mes amis et je ne mange pas mes amis ».
-- Oh, les animaux sont vos amis....
-- Oui.
-- Voilà qui est intéressant.

Le bonheur au-delà de l'égocentrisme

Mercredi 12 août 2009

Envisager le bonheur comme la matérialisation de tous nos désirs et passions et, surtout, le concevoir uniquement sur un mode égocentrique, c’est confondre l’aspiration légitime à la plénitude avec une utopie qui débouche inévitablement sur la frustration.
Même si l’on affiche toutes les apparences du bonheur, on ne peut être véritablement heureux en se désintéressant du bonheur d’autrui.

Que faut-il entendre par réalité ?

Lundi 03 août 2009

Pour le bouddhisme, il s’agit de la nature véritable des choses, non modifiée par les fabrications mentales que nous lui surimposons. Ces dernières creusent un fossé entre nos perceptions et cette réalité, d’où un conflit incessant avec le monde. « Nous déchiffrons mal le monde et disons qu’il nous trompe », écrivait Rabindranath Tagore. Nous prenons pour permanent ce qui est éphémère, et pour bonheur ce qui n’est que source de souffrance : la soif de richesse, de pouvoir, de renommée et de plaisirs obsédants.
Selon Chamfort, « le plaisir peut s’appuyer sur l’illusion, mais le bonheur repose sur la vérité ». Stendhal, quant à lui, écrivait : « Je crois, et je le démontrerai par la suite, que tout malheur ne vient que d’erreur et que tout bonheur nous est procuré par la vérité. » La connaissance de la vérité est donc une composante fondamentale d’un bonheur authentique.
Par connaissance, nous entendons non pas la maîtrise d’une masse d’informations et de savoirs, mais la compréhension de la nature véritable des choses. Habituellement, en effet, nous percevons le monde extérieur comme un ensemble d’entités autonomes auxquelles nous attribuons des caractéristiques qui, nous semble-t-il, leur appartiennent en propre. Selon notre expérience de tous les jours, les choses nous apparaissent comme « plaisantes » ou « déplaisantes » en elles-mêmes et les gens comme « bons » ou « mauvais ». Le « moi » qui les perçoit nous semble tout aussi réel et concret. Cette méprise, que le bouddhisme appelle ignorance, engendre de puissantes impulsions d’attraction et d’aversion qui mènent en fin de compte à la souffrance.