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Steven Pinker à Paris, une rencontre à ne pas manquer, lundi 9 Octobre 2017

Par Matthieu Ricard le 1 octobre 2017

Mr2958

À chaque instant, des actes d’une extrême violence sont commis quelque part sur la planète et sont relayés instantanément par les médias. Certes, la violence connaît épisodiquement une sinistre recrudescence dans certaines zones de conflits.

Mais, les faits sont là. Comme le démontre sans équivoque le travail magistral de Steven Pinker, la violence, sous toutes ses formes, individuelle et collective, n’a cessé de diminuer dans le monde au cours des siècles.

Le taux d’homicide en Europe, par exemple, est passé de 100 par an pour 100 000 habitants au XIVe siècle, à 10 au XVIIe siècle et à 1 de nos jours ! En France, il y a aujourd’hui deux fois moins de meurtres annuellement qu’il y a vingt ans.

Cette conclusion est le fruit d’investigations de grande ampleur menées par de nombreuses équipes de chercheurs au cours des trente dernières années. Elle surprendra sans doute, tant elle va à l’encontre des idées reçues, des tristes nouvelles dont nous abreuvent constamment les médias et des propos alarmistes des démagogues qui souhaitent profiter de la peur qu’ils sèment dans l’opinion pour conquérir le pouvoir.

Donald Trump, par exemple a proclamé en février 2017 que les homicides avaient atteint leur plus haut niveau depuis 47 ans aux États-Unis. Or, selon les chiffres donnés par le FBI, en 2014 le taux d’homicide était à son niveau le plus bas depuis prés de 55 ans ! Il a même diminué de moitié depuis les années 1990.

Ce déclin de la violence concerne aussi la violence domestique, qui reste pourtant l’une des formes de violence les plus répandues dans le monde. Aux États-Unis, par exemple, la maltraitance des enfants — violences physiques et abus sexuels — a diminué de moitié en vingt ans, tandis que la fréquence des viols a diminué de 85 % entre 1979 et 2006 (tout en restant un problème grave dans de nombreux pays).

Pour se faire une idée juste de l’évolution de la violence dans le monde, il est donc indispensable, d’une part, d’envisager l’évolution de la violence sur de longues périodes de temps et, d’autre part, de ne pas prendre en compte uniquement les événements ou conflits qui frappent le plus notre conscience, mais d’analyser le plus grand nombre de données possibles.

Les chercheurs ont analysé des milliers de conflits, dont beaucoup étaient tombés dans l’oubli et ont été redécouverts grâce à la consultation méthodique des archives historiques. Ils ont pris en compte tous les conflits, aussi bien entre pays qu’au sein d’un pays (guerres civiles, règlements de compte entre clans et tribus, etc.) – ayant entraîné au moins cinquante morts. Or, il s’avère que la fréquence des guerres entre États a régulièrement diminué au cours des siècles, ainsi que le nombre moyen de victimes par conflit.

Pinker montre de manière convaincante que ce déclin général de la violence est dû à l’essor de la démocratie, à l’existence d’un nombre croissant d’États stables, à l’accroissement des échanges librement consentis entre les peuples, aux missions de paix, à l’appartenance à des organisations internationales, au fait que la guerre ne suscite plus l’admiration, au respect croissant des droits humains, aux bienfaits de l’éducation et à l’influence accrues des femmes (même si cette dernière reste encore insuffisante).

En essence, nous devons donc éviter de sombrer dans le syndrome du mauvais monde, de succomber aux affres de la sinistrose et de se réfugier dans un sentiment d’impuissance chronique. Le monde va mieux, cela ne fait aucun doute. Cela n’empêche pas qu’il reste beaucoup à faire. La dégradation de notre environnement est incontestablement le plus grand défi du XXIe siècle dans la mesure où il va affecter de façon majeure le sort des générations à venir et pourrait créer des conflits susceptibles d’inverser cette diminution régulière de la violence dans le monde.

En conclusion de son remarquable ouvrage, Steven Pinker mise sur la raison pour continuer à réduire la violence. Il considère qu’elle seule peut nous permettre d’étendre le cercle de l’empathie et du sens moral par-delà le cercle de nos proches et des membres de notre « groupe » — nation, religion, ethnie ou tout autre particularisme susceptible de porter atteinte à la perception de notre humanité commune. Il pense aussi que c’est la raison et le sens de la justice qui pourrait mettre fin à l’instrumentalisation sans bornes des quelque 8 millions d’espèces animales qui sont nos concitoyens sur la planète. La « part d’ange en nous », selon la formule célèbre d’Abraham Lincoln, devrait donc continuer à croître au fil du temps, pour le bien de tous.

Nous sommes ici en présence d’un livre majeur que devraient lire tous les journalistes, tous les politiciens et toute personne qui s’intéresse à l’évolution de nos sociétés.

La part d’ange en nous. Histoire de la violence et de son déclin, conférence de Steven Pinker en compagnie de Matthieu Ricard, organisée en partenariat avec Les Arènes à l’occasion de la sortie du livre de Steven Pinker : lundi 9 octobre 2017 de 19h45 à 21h45 au Grand Amphithéâtre des Arts et Métiers - 151 Boulevard de l’Hôpital, Paris 13ème (métro : Place d’Italie ou Campo-Formio).