Articles sur le Bouddhisme

Un vie remarquable

Publié le 24 novembre 2012
Dilgo Khyentsé Rinpotché était l'un des derniers maîtres de cette génération de grands lamas qui parachevèrent leur éducation et leur entraînement au Tibet. C'était l'un des principaux maîtres de la tradition Nyingma, qui passa prés de trente années de sa vie à méditer en retraite pour faire fructifier les nombreux enseignements qu'il avait reçus.

Il écrivit de nombreux poèmes, des textes de méditation et des commentaires ; c'était un tertön, un découvreur de textes-trésors (termas) recélant les profondes instructions cachées par Padmasambhava. Il était non seulement l'un des maîtres principaux des instructions directes de la Grande Perfection, mais il fut une représentant exemplaire du mouvement rimé (non sectaire), réputé pour son aptitude à transmettre les enseignements de chaque lignée bouddhiste selon chaque tradition.

Erudit, sage et poète, instructeur des maîtres, Rinpotché ne cessa jamais d'inspirer ceux qui l'avaient rencontré, par sa présence monumentale, sa simplicité, sa dignité et son humour. Il était né en 1910 dans la vallée de Denkhok. A sa naissance, il fut béni par l'illustre Mipham Rinpotché.

Encore petit garçon, Rinpotché manifesta le profond désir de se dévouer entièrement à la vie spirituelle. Mais son père nourrissait pour lui d'autres projets. Ses deux fils aînés, déjà, s'étaient éloignés de la famille pour la voie monastique ; l'un avait été reconnu comme la réincarnation d'un lama et l'autre voulait être médecin. Le père de Rinpotché aurait bien voulu que son plus jeune fils marche sur ses traces ; il ne pouvait se faire à l'idée que lui aussi soit un lama réincarné, comme l'avaient déjà suggéré plusieurs maîtres érudits. A l'âge de dix ans, le petit garçon fut gravement brûlé ; il dut garder le lit pendant presque un an. Des lamas avisés prédirent qu'il ne vivrait pas longtemps si on ne le laissait pas suivre la voie spirituelle. Ils insistèrent tant et si bien que, se rangeant à leurs conseils, le père accepta que son fils agisse selon ses voeux et ses aspirations.

A onze ans, il rencontra son maître principal, Shéchen Gyaltsap, qui le reconnut alors expressément comme étant la réincarnation de l'esprit de sagesse du premier de Djamyang Khyentsé Wangpo (1820-1892). Khyen-tsé signifie "sagesse" et "amour". Shétchen Gyaltsap, qui vivait dans un ermitage au-dessus du monastère, lui transmit toutes les initiations essentielles et les instructions particulières de la tradition Nyingma. Rinpotché étudia encore auprès de beaucoup d'autres grands maîtres, dont Khenpo Shenga, disciple de Patrul Rinpotché, et Khenpo Thupga, deux des plus grands érudits de l'époque. Il reçu des enseignements de plus de cinquante instructeurs et maîtres spirituels.

Mais il passa le plus clair de son temps, entre l'âge de 13 et 30 ans, à des retraites solitaires dans des grottes et ermitages au-dessus de son village natal de Sakar, à Denkhok.

Dilgo Khyentsé Rinpotché passa ensuite de nombreux mois auprès de Dzongsar Khyentsé Chökyi Lodrö (1896-1959), qui était aussi une réincarnation du premier Khyentsé. Après avoir reçu de lui les multiples initiations, Rinpotché lui déclara qu'il souhaitait passer le reste de ses jours en méditation solitaire. Mais son maître lui répondit ceci : « Il est pour toi l'heure d'enseigner et de transmettre à d'autres tous les précieux enseignements que tu as reçus. » Dès lors, Rinpotché oeuvra constamment au bien des êtres avec cette inlassable énergie qui est le sceau des Khyentsé.

Une fois qu'il eut quitté le Tibet, Khyentsé Rinpotché voyagea partout dans les Himalayas, en Inde, en Asie du Sud-Est et en Occident pour transmettre et expliquer le Dharma à ses nombreux disciples.

Il vécu de nombreuses années au Bhoutan, où il eut de nombreux disciples, de la famille royale au plus humbles paysans. Où qu'il se trouvât, il se levait bien avant l'aube pour prier et méditer quelques heures, avant de se lancer dans une suite ininterrompue d'activités, jusque tard dans la nuit. Il abattait chaque jour une impressionnante quantité de travail avec une sérénité totale et, apparemment, sans le moindre effort.

Ce fut un infatigable bâtisseur et restaurateur de stoûpas, de monastères et de temples, tant au Bhoutan qu'au Tibet, en Inde et au Népal. 

Au cours des dernières années de sa vie, Rinpotché se rendit trois fois au Tibet, où il put entreprendre la reconstruction de l'ancien monastère de Shéchen, détruit pendant la Révolution culturelle, et contribuer de multiples façons à la restauration de plus de deux cents temples et monastères tibétains, notamment celui de Samyé.

Au Népal, il transplanta la riche tradition de Shéchen dans sa nouvelle demeure : un monastère en face du grand stoûpa de Bodhnath. C'est là qu'il établit son siège et que vit une importante communauté de moines guidés à présent par Shéchen Rabjam Rinpotché, son petit-fils et héritier spirituel.

Après la destruction systématique des livres et des bibliothèques au Tibet, beaucoup d'ouvrages n'existaient plus qu'à un ou deux exemplaires. Rinpotché s'employa pendant de nombreuses années à publier le plus possible de l'extraordinaire héritage d'enseignements bouddhistes du Tibet, trois cents volumes au total. Au cours de sa vie, outre d'innombrables autres enseignements, il transmit les cent huit volumes du Kangyour à deux reprises et, à cinq les soixante-trois volumes du Rinchen Terdzö.

C'est en 1975 qu'il se rendit pour la première fois en Occident, après quoi il revint régulièrement en Europe, ainsi que trois fois en Amérique du Nord. Il enseigna dans de nombreux pays et surtout en France, en Dordogne, où il avait son siège, Tashi Pelbar Ling. C'est là que des personnes venues du monde entier pouvaient recevoir de lui des enseignements approfondis et que, sous sa direction, plusieurs groupes de pratiquants entreprirent la traditionnelle retraite de trois ans.

A travers ses vastes activités éveillées, Khyentsé Rinpotché consacra toute sa vie à la préservation et à la propagation de l'enseignement du Bouddha. Ce qui lui apportait le plus de satisfaction, c'était de voir les gens mettre les enseignements en pratique de manière effective et leurs vies transformées par l'épanouissement de la pensée de l'Eveil et de la compassion.

En 1991, Khyentsé Rinpoché manifesta les signes de la maladie et le 27 septembre 1991, au Bhoutan, à la tombée de la nuit, il pria ses serviteurs de l'aider à s'asseoir bien droit. Aux premières heures du matin, sa respiration cessa et son esprit s'évanouit dans l'espace absolu.

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