Articles sur le Bouddhisme

La science de l'esprit

Publié le 25 novembre 2011

Matthieu Ricard est un membre actif de l'Institut Mind and Life qui a pour objectif de faire progresser la collaboration entre le bouddhisme et la science moderne. Il participe à différents programmes de recherche sur les effets de la méditation, à la fois en tant que sujet de recherche et en tant que collaborateur. Il nous fait part de ses réflexions sur ce sujet :


Dans quelle mesure peut-on former son esprit à fonctionner de manière constructive, à remplacer l'obsession par le contentement, l'agitation par le calme, la haine par la compassion ? Voilà vingt ans, un quasi-dogme des neurosciences voulait que le cerveau contienne tous ses neurones à la naissance et que leur nombre ne soit pas modifié par les expériences vécues. A présent, on parle plutôt de « neuroplasticité », un terme qui rend compte du fait que le cerveau évolue continuellement en fonction de nos expériences et peut fabriquer des nouveaux neurones tout au long de la vie. Il peut, en particulier, être profondément modifié à la suite d'un entraînement spécifique, l'apprentissage d'un instrument ou d'un sport, par exemple. Cela implique que l'attention, la compassion et même le bonheur peuvent, eux aussi, être cultivés et relèvent pour une grande part d'un « savoir-faire » que l'on peut acquérir.


Or, toute acquisition d'un savoir-faire nécessite un entraînement. On ne peut pas s'attendre à bien jouer au tennis ou du piano sans une longue pratique préalable. Si l'on consacre un certain temps, chaque jour, à cultiver la compassion ou toute autre qualité positive, il est concevable que l'on puisse atteindre des résultats semblables à ceux que l'on obtient en entraînant son corps. Pour le bouddhisme, « méditer » signifie « s'habituer » ou « cultiver ». La méditation consiste à se familiariser avec une nouvelle manière d'être, de gérer ses pensées et de percevoir le monde. Les neurosciences permettent aujourd'hui d'évaluer ces méthodes et de vérifier leur impact sur le cerveau et sur le corps.


Les recherches en cours indiquent par exemple que l'activité cérébrale des sujets méditant sur la compassion est particulièrement élevée dans le lobe préfrontal gauche, une région du cerveau liée aux émotions positives. La compassion, le fait de se soucier du bien-être des autres, est donc associé aux autres émotions positives comme la joie et l'enthousiasme. De plus, les zones impliquées dans la planification des mouvements et de l'amour maternel sont, elles aussi, fortement stimulées. Pour les contemplatifs, cela n'a rien de surprenant, car la compassion engendre une attitude d'entière disponibilité qui permet le passage à l'acte.


Il semble que nous soyons au seuil de découvertes passionnantes qui devraient prouver que l'on peut transformer l'esprit de façon beaucoup plus importante que la psychologie ne l'avait supposé. La méditation pourrait ainsi acquérir en Occident les lettres de noblesse dont elle jouit depuis des millénaires en Orient.